Grand Genève: regards suisses sur les défis à venir

Flavia Giovannelli
Publié jeudi 04 septembre 2025
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#Grand Genève La région est un exemple de coopération.

En tant que président du Groupement local de coopération transfrontalière et représentant cantonal au sein du Comité régional franco- genevois, Antonio Hodgers connaît bien les arcanes de ces institutions. À l’heure du bilan, il estime que la région constitue un exemple de coopération réussie à l’échelle européenne, tout en regrettant le manque de cohésion côté français. «Il serait bon d’insuffler une nouvelle dynamique, car on est encore en deçà de ce qui pourrait être fait, notamment parce qu’on se heurte à des différences institutionnelles dues à la complexité des imbrications», observe-t-il.

Gouvernance des eaux partagées

Antonio Hodgers a mené plusieurs opérations structurantes: premier plan d’actions transfrontalières en matière de qualité de l’air, coopération renforcée autour de l’eau, de la lutte contre les micropolluants, des énergies renouvelables, du Léman Express, des trams ou de la Charte du Grand Genève en transition signée en 2023. Il a aussi fortement soutenu la vision territoriale transfrontalière 2050, un document pour l’aménagement intégré du Grand Genève.
Un exemple d’intérêts communs à renforcer? La gouvernance franco-helvétique des eaux partagées. Ces ressources, qui ne connaissent pas les frontières, imposent en période de changement climatique et face à des sécheresses plus fréquentes une gestion mutualisée et une coopération accrue.
Artisan et ardent défenseur de la coopération ayant conduit à la création du Grand Genève, l’ancien conseiller d’État Claude Haegi reste très impliqué dans les affaires transfrontalières. Président fondateur de la Fondation européenne pour le développement durable des régions, créée en 1996, il anime une plateforme de réflexion et de projets concrets en lien avec les collectivités locales, les entreprises et d’autres acteurs. Pour lui, Genève souffre d’un paradoxe. «Sa prospérité et sa forte présence internationale, du fait du siège de l’Organisation des Nations unies, lui ont donné une sorte de suffisance. Cette ouverture au monde l’a paradoxalement rendue moins attentive à son voisinage immédiat et à l’Union européenne. Nous avons plusieurs fois manqué le coche à cet égard».
Claude Haegi plaide de longue date pour une politique volontariste de développement économique qualitatif, de protection du patrimoine naturel et de l’environnement, qu’il considère génératrice d’emplois et de progrès social. «Il faut rester attentif aux implications de toute décision sur l’ensemble de la région et ne pas s’arrêter aux contraintes administratives», affirme-t-il. Selon lui, les projets sont trop souvent menés de manière réactive, sans réelle vision de long terme. Mais ses critiques visent à ouvrir le débat. «Il faut tout poser sur la table et consolider la coopération.»

Une cause qui se défend

Antonio Hodgers, de son côté, relève les avancées, mais nuance: «avec les autorités françaises, c’est parfois compliqué, car on demande aux Suisses de jouer les arbitres, du fait qu’elles ne parviennent pas toujours à parler d’une même voix». En raison de la multiplicité des intervenants, qui varient selon la nature des projets, les Français auraient tendance, selon lui, à privilégier telle ou telle lecture réglementaire, souvent obscure pour les Suisses.
Au-delà de ces différences, le Grand Genève, vu de la Suisse, reste une cause qui se défend. En juin dernier, la délégation franco-valdo- genevoise est allée présenter à Berne sa vision à l’horizon 2050. Avec une démographie en pleine croissance comme levier, l’entité a plutôt le vent en poupe, de quoi donner de bonnes raisons aux deux côtés de jouer résolument la carte de la solidarité.

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