Matériaux stratégiques: les mains dans la terre

Maurice Satineau
Publié vendredi 28 février 2025
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#Gisements En proposant un arrangement avec l’Ukraine pour exploiter ses gisements de graphite, tantale et lithium, l’administration Trump souligne que l’investissement dans les mines est aussi important que leur localisation.

Trois cent cinquante mille tonnes, c’est le volume de terres rares produites en 2023 dans le monde selon l’Institut géologique américain. Les réserves planétaires étant évaluées à cent dix millions de tonnes, l’avenir est assuré, mais en théorie seulement. Les pays industrialisés de l’OCDE détiennent 7,5% du trésor dans leur sous-sol, avec en tête l’Australie, le Canada, les Etats-Unis et le Groenland. Par exemple, 70% du cobalt est fourni par la République démocratique du Congo, 77% du graphite naturel provient de Chine, 50% du nickel est indonésien, 23% du cuivre a le label du Chili. Selon les travaux de la spécialiste Violaine Faubert, cheffe adjointe de l’unité des relations européennes à la Banque de France, l’équation critique doit prendre en compte non seulement la localisation géographique des gisements, mais aussi la nationalité des investisseurs qui les exploitent.

Selon cette nouvelle carte du monde, au moins 20% du cobalt est sous contrôle chinois, soit à peu près autant que les actifs américains dans ce secteur. Malgré de nombreux filons de lithium en Bolivie, en Argentine et au Chili, les capitaux sud-américains sont globalement en retrait dans ces activités, remplacés par des financements américains et chinois. L’Union européenne voit sa part réduite à la portion congrue du point de vue de la propriété. «En fait, si on retire les avoirs domiciliés à Chypre par des investisseurs russes, la part européenne détenue pour le cobalt ou le nickel tombe à environ 4%», indique la chercheuse. Même pour des métaux plus classiques tels que le cuivre, les propriétaires européens ne sont pas légion: 5% contre 30% pour leurs homologues américains et 15% pour les chinois.

La course

Face à cette dépendance de l’extérieur et dans la perspective de l’arrivée d’acteurs américains dans les mines ukrainiennes, l’Union européenne pourrait jouer la carte de ses ressources propres. L’entreprise suédoise LKAB envisage d’exploiter un site contenant un million de tonnes de terres rares en Laponie. La norvégienne REN a des projets identiques dans son sous-sol national. Dans ce dernier dossier, 870 millions d’euros sont nécessaires pour ouvrir le site en 2030.

Ces développements nordiques sont en phase avec le règlement européen sur les matières premières critiques de 2024. Il exige 10% de la consommation extraite du continent et 40% du raffinage made in Europe. Il n’est pas exclu à terme que les capacités de production américaines en Ukraine cherchent un débouché partiel dans le grand marché unique, notamment en raison de l’urgence inscrite dans les politiques climatiques. Selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie effectuées l’année dernière, la demande de terres rares pour les nouvelles technologies énergétiques et de transports devrait doubler d’ici à 2050.

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