Laboratoires: une formation express pour pallier le manque de mains

Labellisé EduQua, le programme Semias est dispensé à Sion depuis 2022 et à Lausanne depuis 2024.
Labellisé EduQua, le programme Semias est dispensé à Sion depuis 2022 et à Lausanne depuis 2024. Semias.
Steven Kakon
Publié lundi 20 juillet 2026
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#Certification A Sion et Lausanne, le programme Semias, désormais proposé en ligne, forme en quinze samedis des «auxiliaires de laboratoire». L’ouverture d’une filière AFP pourrait lui faire concurrence.

Ils sont au cœur des analyses, garants de la fiabilité des résultats. Les techniciens de laboratoire (appelés laborantins), maillon essentiel au bon fonctionnement d’un laboratoire, manquent à l’appel dans les entreprises. La pénurie touche de nombreux domaines, de la santé à la recherche, en passant par l’industrie pharmaceutique et la chimie.

Face à ce constat, le docteur en chimie Joachim Delasoie et le laborantin Eric Evequoz ont mis sur pied une formation d’«auxiliaire de laboratoire» baptisée Semias. Dispensée sur quinze samedis, elle ne vise pas à former des professionnels équivalents aux laborantins - titre qui s’obtient après un CFC de trois ans – mais à permettre aux participants, souvent en reconversion professionnelle, d’acquérir les compétences nécessaires pour accomplir des tâches de base en toute sécurité. L’objectif étant de renforcer les équipes en sous-effectif.

Le programme, labellisé EduQua est dispensé depuis février 2022 à Sion dans le laboratoire de l’école privée Buissonets Montani et depuis septembre 2023 dans des locaux loués au Lycée français de Lausanne (ISM). Eric Evéquoz répond à nos questions. 

Qu’est-ce qui vous a conduit à proposer cette formation en ligne?
Nous souhaitons diversifier notre offre de formation et donner la possibilité aux personnes en reconversion de pouvoir le faire, à n'importe quel moment et de n'importe quel endroit. 

La formation en ligne est proposée à un tarif inférieur (3190 francs contre 4790 francs en présentiel). Comment expliquer cette différence de prix?
La formation en présentielle requiert des locaux ainsi qu'une équipe de formateurs professionnels. C’est ce qui explique la différence de prix. Le prix de la formation en ligne comprend le matériel professionnel de laboratoire, livré en KIT, un accès 24/24 à notre plateforme ainsi qu'un support téléphonique et sur Teams avec nos formateurs.

Comment se déroule l’examen pratique en ligne avec des manipulations chimiques à effectuer?
Les deux examens, pratique et théorique se font en ligne. Pour la théorie, il s'agit d'un examen en ligne classique. Nous avons installé un système permettant de limiter la triche sur notre plateforme. De plus, certaines questions théoriques sont également posées lors de l'examen pratique, par oral, pour vérifier que la théorie est maîtrisée. Pour la pratique, l'examen se fait en session zoom avec un expert qui s'assurera que les manipulations de laboratoire sont connues et maîtrisées.

Les employeurs accordent-ils la même crédibilité à une formation suivie à distance? 
Le contenu de notre formation en ligne est identique à celui en présentielle. Il a été conçu pour que les futurs diplômés puissent exercer leur métier en toute sécurité et avec tout le savoir nécessaire. Tous les thèmes y sont enseignés: sécurité, qualité ou encore bases de la chimie et du travail en laboratoire. Nous espérons que les premiers diplômés nous donneront raison et qu'ils véhiculeront une belle image de cette formation innovante.

Quels sont les débouchés? Avez-vous des données sur le taux d’insertion professionnelle des diplômés?
Le diplôme d'auxiliaire de laboratoire ouvre les portes de différents domaines: pharmaceutique, chimique, cosmétique, agroalimentaire ou encore médical. Notre expérience nous a montré que toutes les personnes diplômées qui étaient réellement motivées trouvaient un emploi six mois après notre formation. Nous avons également des entreprises qui inscrivent directement des collaborateurs pour leur donner la chance de suivre une formation et d'obtenir un diplôme.
 


Vers une filière AFP?


D’un côté, une pénurie, de l’autre, le CFC de laborantin en dual qui suscite toujours autant d’intérêt à Genève. Chaque année, près de 150 candidatures se disputent une trentaine de places d’apprentissage. Cette année, l’Association genevoise des métiers de laboratoire (AGEMEL) en propose 14 en option biologie et 12 en option chimie. Mais il s’avère que ces diplômés ne rejoignent pas tous immédiatement le marché de l’emploi. Ils sont nombreux à poursuivre leurs études après le CFC, tandis que d’autres bifurquent vers d’autres horizons. A cela s’ajoute une particularité genevoise: les grandes entreprises du canton captent une large part des diplômés orientés chimie.

Comment le département de l’instruction publique (DIP) considère-t-il Semias, cette formation courte, dans l’écosystème des métiers du laboratoire? «Sa vocation est notamment de répondre à des besoins spécifiques du marché du travail. Il est toutefois important de relever que ces formations complémentaires se situent en dehors du système formel reconnu par la Confédération. Pour les métiers du laboratoire, le CFC de laborantin reste la formation professionnelle initiale de référence», répond Julien Thorens, porte-parole du DIP.

Du côté de l’école des métiers du laboratoire à Genève, «nous sommes convaincus que toute réponse doit s'inscrire dans la cohérence du système de formation professionnelle suisse. Si le besoin devait se confirmer, nous n'excluons pas d'ouvrir une filière AFP (ndlr: Attestation fédérale de formation professionnelle), cursus plus court et reconnu au niveau fédéral», fait savoir Murielle Gaudin, doyenne.

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