Les entreprises genevoises ont payé un lourd tribut au G7
L’hôtel Bristol a eu pour 12'000 francs de frais de protection, relève son directeur, Denis Pourcher.
Bristol.
Pierre Cormon, avec la collaboration de Flavia Giovannelli et Steven Kakon
Publié jeudi 18 juin 2026
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#G7
Baisses de chiffre d’affaires se chiffrant en dizaines de pourcents, mesures de protection coûteuses, livraisons retardées… Les entreprises genevoises demandent un geste du Canton.
Les manifestants anti-G7 en avaient contre les grands de ce monde, mais c’est l’entreprise du coin de la rue qui en a payé le prix. Mesures de protection, baisse d’activité, entraves à la mobilité, voire fermetures ont marqué ces jours pas comme les autres. Plusieurs secteurs évoquent des baisses de chiffre d’affaires se chiffrant en dizaines de pourcents, sans compter les autres coûts.
De nombreuses entreprises ayant pignon sur rue se sont senties prises au piège. Elles pouvaient se barricader, mais cela risquait d’éloigner la clientèle et coûtait cher. L’hôtel Bristol a ainsi eu pour 12'000 francs de frais de protection, relève son directeur, Denis Pourcher.
Elles pouvaient aussi ne pas prendre de mesures, mais à leurs risques et périls. «Des membres se sont dit déçus de l’attitude des assureurs, qui les ont prévenus qu’ils n’indemniseraient pas les établissements n’ayant pas pris de mesures de protection», relève Anthony Castrilli, président du Groupement professionnel des hôteliers et restaurateurs.
Précédents
Les précédents de 1998 et de 2003, avec leurs pillages à grande échelle, étaient dans toutes les têtes. «Dimanche, sur la Rive droite, j’ai vu des petits commerces comme des ongleries ou des salons de coiffure dont les propriétaires n’avaient vraisemblablement pas les moyens de se barricader», raconte Arnaud Bürgin, directeur général de la FER Genève. «Ils restaient là par peur qu’on casse leurs vitres ou qu’on pille leur commerce».
A cela s’ajoutent les pertes de chiffres d’affaires. Le télétravail et la difficulté de passer les frontières ont entraîné une baisse de la fréquentation des cafés et restaurants, même si on ne dispose pas encore d’une estimation chiffrée. Certains ont même choisi de fermer, relève Anthony Castrilli.
Les magasins ont aussi accusé le coup. «Des transporteurs approvisionnent le commerce de détail au quotidien», remarque Andrea Genecand, président de la section genevoise de l’Association suisse des transports routiers (ASTAG). «Ils ont constaté des baisses de volumes de 30, voire 40%. Perly était très difficilement accessible; des livraisons n’ont pas pu être effectuées.»
Flux tendus
Les transports internationaux ont aussi été touchés. Des usines fonctionnent à flux tendus et devaient continuer à livrer leurs clients, notamment dans la chimie. Les transporteurs avaient le choix entre passer par les douanes du canton – auxquelles des attentes de plusieurs heures ont été enregistrées, dans certains cas. Ou faire un détour, pour passer la frontière hors du canton, ce qui implique des coûts non négligeables. «On compte environ 2,5 à 3 francs par kilomètre supplémentaire», indique Andrea Genecand. «Dans certains cas, le surcoût atteint cinq cents francs». Il sera répercuté sur les clients.
L’hôtellerie a enregistré une baisse de chiffre d’affaires estimée à environ 20%. «Elle touche dix jours de réservations perdues autour des trois jours du sommet», résume Xavier Rey, président des hôteliers genevois (SHG). «A Genève, le mois de juin est traditionnellement l’un des plus forts de l’année. Malheureusement, il n’est pas possible de reporter les séjours dans les semaines à venir.»
Rabais G7
Environ huit cents personnes ont profité des rabais accordés par des hôtels aux membres de la FER Genève et de la CCIG. Ils ont permis de limiter la perte de nuitées, pour les hôtels qui y participaient – environ la moitié des établissements. Même le Marriott de Meyrin, moins exposé en raison de sa localisation, a participé à l’opération. «Nous voulions montrer que nous sommes concernés et solidaires», précise son directeur, Pierre-Henri Perrin.
Les entreprises en avaient bien besoin: des collaborateurs n’ayant pas souhaité loger sur place ont mis jusqu’à cinq heures pour regagner leur domicile, situé juste de l’autre côté de la frontière.
Dans tous les cas, un reproche revient en boucle: le manque d’anticipation des autorités. On a su très tard si la manifestation serait autorisée ou pas et quel serait son parcours. Même chose pour la fermeture de l’autoroute de contournement, annoncée la semaine précédant le sommet. «Nous avons dû beaucoup insister pour que la police indique des itinéraires de substitution», raconte Andrea Genecand. «Ils n’ont été publiés que le jeudi précédant le sommet.»
Indemnisations
Il faudra également revenir sur les indemnisations. Une enveloppe de six millions a été votée par le Grand Conseil, pour les entreprises subissant des déprédations. Celles-ci ayant été plus légères que l’on ne redoutait, il serait juste d’utiliser les sommes restantes pour indemniser les entreprises ayant dû prendre des mesures de protection, voire le manque à gagner. «Après tout, les bâtiments publics ont été protégés avec l’argent du contribuable», remarque Arnaud Bürgin. Affaire à suivre.
Deux banques attaquées
On le savait dès le départ: les banques risquaient d'être des cibles pour les casseurs accompagnant la manifestation anti-G7. Et de ce fait, ces derniers se sont attaqués à deux établissements situés sur le parcours de la manifestation: la Banque du Léman et une agence de la banque Raiffeisen à la rue de Lyon. La Banque du Léman estime le montant des réparations des vitrines, des portes, d'un bancomat, à 50000 francs. «L’activité a pu reprendre normalement dès lundi, à l’exception de l’accueil physique au guichet», précise Pascal Duchaine, directeur général, qui souligne l’engagement des collaborateurs. De son côté, la Raiffeisen confirme que les dommages restent exclusivement matériels, sans être en mesure d’en chiffrer l’ampleur à ce stade. « Les casseurs ont forcé les barricades mais le bâtiment n’a pas été pénétré et aucun collaborateur ni client n’a été mis en danger», rassure Valentin Jeanneret, responsable marketing et distribution de l’établissement.
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