Médecins-dentistes à Genève: 5800 contre 494 francs, deux devis font grincer des dents

Steven Kakon
Publié jeudi 29 octobre 2026
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#Traitements dentaires Des devis salés assortis de propositions de soins pas toujours nécessaires interpellent le milieu dentaire. Mais lorsqu’une structure n'est pas membre de l'association des médecins-dentistes, cette dernière ne peut pas intervenir et le patient ne peut pas saisir sa commission de conciliation. L’association souhaite se faire mieux connaître.

Un jeune homme de 20 ans se rend dans une clinique dentaire genevoise pour son fil de contention décollé à remettre en place. Montant du devis? 5800 francs, qui comprend principalement un traitement de réalignement dentaire complet. Dubitatif, il pousse la porte d’un second cabinet, qui lui facture 494 francs, notamment pour un deuxième avis, un meulage, une radio panoramique et une empreinte pour une gouttière. Onze fois moins cher!

Comment expliquer une telle différence de prix? Nous avons soumis le devis à 5800 francs au président de l’association des médecins-dentistes de Genève (AMDG), qui compte 143 membres à ce jour. Celui-ci comporte plus de prestations, dont «des soins non nécessaires, c’est-à-dire esthétiques», réagit le docteur Raphaël Moëne, sans se prononcer sur leur pertinence pour ce patient qu’il ne connaît pas. Cette catégorie de soins esthétiques comprend notamment les blanchiments, les facettes et les traitements orthodontiques à visée esthétique.

Commission de conciliation

Comme de nombreux autres établissements dentaires, la clinique en question n’est pas membre de l'association. Celle-ci n’a donc aucun moyen d’intervenir. «Lorsque des patients nous appellent pour se plaindre d'un devis trop élevé, nous n'avons aucune légitimité pour adresser des remarques à ces structures», explique Raphaël Moëne. L'association leur conseille toujours de demander un deuxième avis auprès d'un cabinet membre.

Lorsque le praticien est membre de l'AMDG, la situation est différente. L'association dispose d'une vision globale des pratiques de ses membres, notamment en matière de tarification, et peut les rappeler à l'ordre en cas de manquement. Une instance de médiation, la Commission de vérification des honoraires et de conciliation, règle à l'amiable et gratuitement les litiges entre patients et praticiens. Saisie d'un dossier, elle vérifie si la tarification correspond aux soins prodigués, autrement dit si une surfacturation est avérée ou non. En revanche, elle ne se prononce pas sur la qualité des soins. «Dans la majorité des cas, un arrangement est trouvé. Mais nous n'atteignons pas des échelles 11 fois supérieures comme dans ce cas», indique Raphaël Moëne en référence aux devis que nous lui avons soumis.

Sollicitée, Inès Kreuzer, secrétaire patronale de l’AMDG, précise que la commission juge environ cinq à six cas par année. «Le plus souvent, il s’agit d’un problème de communication entre le patient et le médecin-dentiste. Dans la plupart des cas, le praticien est en règle», assure-t-elle. Les structures membres de l'AMDG sont répertoriées sur son site internet (sso-ge.ch).

Les patients ne savent pas toujours si leur médecin-dentiste est membre de l'AMDG, et il arrive qu'ils sollicitent l'association pour se plaindre d’un non-membre. «Les patients de médecins-dentistes non-membres ne nous appellent pas en particulier pour la clinique en question, d’autres noms de clinique sont plus régulièrement cités», confie Inès Kreuzer.

Grille tarifaire

Les dentistes ne sont-ils pourtant pas libres de fixer leurs tarifs? Oui et non. Le DENTOTAR, la grille tarifaire de la Société suisse des médecins-dentistes, attribue à chaque prestation un nombre de points, parfois sous forme de fourchette. Seule la valeur du point est libre. «Elle peut varier, mais un point très élevé doit pouvoir se justifier, par exemple par des charges élevées, un quartier cher, la modernité du cabinet ou la formation du dentiste. Elle reste généralement entre 1 et 1.30», précise Raphaël Moëne. «Les devis peuvent varier en fonction du cabinet, du type de traitement, des attentes du patient. Le patient a toujours la possibilité de consulter un autre praticien et de demander un autre devis», résume Inès Kreuzer.

En cas de litige, la commission vérifie que les bons codes ont été utilisés et qu'aucun ne l'a été à double. Le spécialiste en parodontologie donne un exemple dans son domaine, la chirurgie: «nous ne facturons pas de points supplémentaires pour les sutures, déjà comprises dans le code de chirurgie».

Des cas de surfacturation ont-ils été signalés au service du médecin cantonal? «Seuls les tarifs des prestations dentaires prises en charge par les assurances sociales sont réglementés», répond le docteur Alessandro Cassini. Il s’agit par exemple des maladies graves du système de mastication ou de maladie générale. «Pour les autres prestations, les honoraires relèvent du droit privé», poursuit-il. Ces autres prestations, qui figurent dans le DENTOTAR, concernent notamment les contrôles, détartrages, traitements de caries, couronnes et l’orthodontie. La Commission de surveillance des professions de la santé et des droits des patients traite les plaintes résultant d’une relation thérapeutique, mais n’est pas compétente en matière de facturation d’honoraires.

Réseaux sociaux

La clinique dentaire en question est présente sur les réseaux sociaux. Comme d'autres structures actives en ligne, c’est ainsi qu’elle attire de nouveaux patients pour un simple contrôle, auxquels elle peut proposer des traitements orthodontiques, parfois non nécessaires. «La présence sur les réseaux n'est pas attaquable, c'est l'incitation à la consommation qui l'est», relève Raphaël Moëne. Attention, la publicité est autorisée sous certaines limites (lire encadré). «C’est sur les réseaux sociaux que tout se passe. Les publicités avec affichage sont rares», précise-t-il.

Raphaël Moëne fait savoir que l'AMDG ambitionne de renforcer sa communication afin que les patients comprennent que certains dentistes ne font pas partie de l’association. Certains choisissent de rester en dehors «pour être plus libres au niveau du marché».

La clinique répond

Lorsqu’un patient vient consulter pour un soin, dans quelle mesure lui proposez-vous d’autres prestations, notamment d’ordre esthétique?

«Lorsque l’un de nos praticiens décèle un fil de contention décollé, il n’est pas question de se précipiter à recoller ce dernier, mais plutôt de proposer deux options potentielles que sont la mise en place d’un nouveau fil par un spécialiste en orthodontie ou la reprise d’un traitement orthodontique rapide, en amont, afin de remettre les dents qui ont bougé dans leur alignement initial avant de poser un nouveau fil. Le patient doit en outre comprendre que le décollement d’un fil de contention s’accompagne de mouvements dentaires dans le sens initial de leurs positions, et que ceci est permanent. Pour ces raisons, nous en profitons pour remercier le praticien qui a pu prendre en charge le patient et notamment par rapport au fait que sa consultation était complète, accompagnée d’un devis et d’explications claires et précises concernant l’origine des mouvements dentaires et leurs conséquences». La direction tient également à rappeler le devoir d’information au patient: «lorsqu’une pathologie est relevée durant une consultation de check-up ou une urgence, nous nous devons de l’informer de toute autre pathologie que notre examen peut révéler».

Face à un patient venu consulter pour une carie ou une rage de dent, lui proposeriez-vous également un traitement de réalignement dentaire à visée esthétique, si vous le jugiez utile?

Non, répond la direction, «d'autant plus que le praticien qui réalise le traitement de rage de dent n'est même pas celui qui réalise d'alignement dentaire, puisqu'il s'agit alors d'un orthodontiste».

Publicité médicale et dentaire: attention aux dérives!

Sourires éclatants, promotions alléchantes: les établissements dentaires investissent les réseaux sociaux. Mais la publicité médicale et dentaire a ses limites, fixées par la loi et la déontologie. Le service du médecin cantonal (SMC) intervient sur la base de dénonciations pour des manquements et constate dans quelques situations des pratiques publicitaires susceptibles d’inciter le public à recourir à des soins qui ne seraient pas nécessairement indiqués sur le plan médical.

Près de cinq infractions en 2026

En 2026, il a recensé environ cinq situations de ce type. «Les structures concernées font l’objet d’un courrier signé par le médecin cantonal, leur rappelant les dispositions légales, les obligations en leur qualité de professionnels de santé, ainsi que les règles déontologiques en matière de publicité. Si les pratiques constatées persistent, une procédure administrative peut être ouverte en vue du prononcé d’une éventuelle sanction», déclare le SMC.

Quelles sont les règles en vigueur? Le médecin cantonal Alessandro Cassini les détaille pour Entreprise Romande. La loi fédérale sur les professions médicales universitaires impose une publicité objective, répondant à l’intérêt général, qui ne soit ni trompeuse ni importune. À Genève, la loi sur la santé autorise les professionnels et les institutions de santé à diffuser les annonces nécessaires à leur fonctionnement dans les limites réglementaires. Le règlement sur les professions de la santé exige que les informations diffusées, notamment sur les prestations proposées, soient objectives. Il interdit les contenus mensongers, trompeurs ou encourageant une surconsommation médicale. Les rabais sur des soins non nécessaires tombent en principe sous cette limite.

Cas concrets

Le code de déontologie de la Société suisse des médecins-dentistes, applicable à ses membres, prévoit également que les annonces se limitent à l’information nécessaire au public. Il proscrit la publicité non conforme aux faits, prêtant à confusion ou susceptible de nuire à la réputation de la profession, ainsi que l’annonce de consultations gratuites à titre publicitaire.

Raphaël Moëne, président de l’AMDG donne deux exemples. Premièrement, un cabinet qui organise une journée portes ouvertes offrant une radiographie à tous les patients. Selon le médecin-dentiste, une radiographie ne se justifie que si elle est nécessaire. La proposer à tout le monde, dans l'idée de vendre un traitement si un problème est détecté, pousse à la consommation.

À l'inverse, une publicité qui annonce un implant à 2000 francs au lieu de 3000 francs ne constitue pas une incitation, «car on garde un prix», illustre Raphaël Moëne, en reconnaissant toutefois que «la limite est floue».

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