Politique sociale: Genève dépense bien plus que les autres cantons
A Genève, les coûts standards de l'aide sociale sont quatre fois supérieurs à la moyenne nationale.
Steven Kakon
Publié jeudi 17 septembre 2026
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#Publication
La BAK Economics a comparé les coûts de six domaines de la politique sociale genevoise à ceux d'autres cantons, dans une étude commandée par la FER Genève. Tour d’horizon.
Aide sociale, vieillesse, réductions de primes, invalidité, famille et jeunesse, chômage. Combien Genève dépense-t-il pour les politiques sociales au regard des autres cantons? La BAK Economics, institut de recherche économique suisse indépendant, s’est penché sur la question dans un rapport commandé par la FER Genève, publié ce 17 septembre.
La conclusion tient en une phrase: en moyenne, Genève dépense plus par bénéficiaire de prestations sociales que d’autres cantons au contexte socio-économique comparable. Dans les six domaines passés sous la loupe, «le canton de Genève présente, après correction des coûts structurels, des coûts par cas supérieurs à la moyenne du groupe de comparaison» (lire ci-dessous), écrivent les auteurs. Selon eux, cet écart peut «résulter d'éventuelles inefficiences et/ou d'un niveau de prestations supérieur à la moyenne».
Pour chaque domaine, les dépenses nettes genevoises ont été calculées et comparées de deux manières: par habitant à la moyenne suisse (coûts standards) et par bénéficiaire à la moyenne d’un groupe de comparaison (coûts par cas). Le groupe de comparaison, qui varie selon le domaine d'activité, est constitué d’une sélection de cantons qui présentent des conditions structurelles similaires à Genève.
Aide sociale
Avec environ 930 millions de francs en 2023, l'aide sociale constitue le poste de dépenses le plus important du canton. En 2023, Genève a dépensé en moyenne nettement plus par bénéficiaire que les cantons comparables: un peu moins de 30'000 francs contre 20'000 francs pour le groupe de comparaison, soit 44% de plus. À titre de référence, la moyenne suisse s'établissait à environ 18'000 francs par habitant. Ces dépenses genevoises ont par ailleurs augmenté avec le temps (elles s'élevaient à moins de 25'000 francs en 2014). L'étude soulève une autre spécificité genevoise: une aide sociale fortement centralisée. Alors qu'en moyenne suisse les communes financent 63% des dépenses nettes, cette part tombe à seulement 10% à Genève.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Vieillesse
Avec environ 580 millions de francs en 2023, la vieillesse constitue également le deuxième poste de dépenses de la politique sociale dans le canton de Genève. Dans ce domaine, le canton dépense 56% de plus par habitant de plus de 64 ans que la moyenne du groupe de comparaison (près de 7000 francs contre plus de 4000 francs en 2023). Les dépenses proviennent en grande majorité des domaines des soins ambulatoires, des établissements pour malades, personnes âgées et de soins ainsi que des prestations complémentaires à l'AVS, qui contribuent tous au niveau de dépenses supérieur à la moyenne.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Réductions de primes
Genève dépense 10% de plus par bénéficiaire de réductions de primes que la moyenne du groupe de comparaison, composé de cantons présentant un niveau de primes d'assurance-maladie similaire. Cet écart s'est pourtant inversé au fil du temps: de 2014 à 2019, le coût par cas était au contraire plus élevé dans le groupe de comparaison qu'à Genève. Ce n'est qu'à partir de 2020 que la tendance s'est renversée en défaveur du canton. Mais l'écart se joue surtout ailleurs: avec un taux de bénéficiaires de 43%, contre 27,3% en moyenne dans le groupe de comparaison, Genève couvre une part nettement plus large de sa population. C'est cette couverture élargie qui explique, in fine, des coûts standards supérieurs de 143% à la moyenne suisse.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Invalidité
Les dépenses nettes par bénéficiaire de l'Assurance invalidité (AI) à Genève sont supérieures de 50% à la moyenne du groupe de comparaison (environ 13'000 francs contre 9000 francs en 2023). Elles sont constituées en grande majorité par les dépenses pour les établissements pour personnes invalides (67%) et les prestations complémentaires à l'AI (30%), qui sont toutes deux des facteurs de dépenses nettes supérieures à la moyenne.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Famille et jeunesse
Genève dépense 84% de plus que la moyenne du groupe de comparaison pour la protection de la jeunesse et les prestations aux familles. Ces deux postes de dépenses sont toutefois majoritairement financés par les communes.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Chômage
Le domaine d’activité du chômage présente l'indice des coûts par cas le plus élevé (indice 189). Cela signifie que Genève présente, par personne au chômage, des dépenses nettes supérieures de 89% à la moyenne des cantons de comparaison (près de 6500 francs contre environ 3500 francs en 2023). Les effets sont toutefois comparativement faibles: le domaine du chômage ne représente que 2% des dépenses nettes de l'ensemble des domaines d’activité de la politique sociale.
GE = Genève. GC = Groupe de comparaison. CT25 = 25 cantons.
Explications?
Comment expliquer ces coûts supérieurs à la moyenne? Le rapport dresse un état des lieux, mais reste avare en explications. Les auteurs avancent tout de même trois pistes, «qui ne s'excluent pas mutuellement». D’abord, «un niveau de prestations plus élevé ou plus étendu, des inefficiences dans la fourniture des prestations, ainsi que d’autres facteurs structurels qui n’entrent pas dans ce modèle, comme le coût de la vie. Ce n’est que dans le domaine de réductions de primes que des statistiques.
Recommandations
Les auteurs de l’étude, Rafaela Schinner (responsable de projet), Sebastian Schulze (expert en finances publiques) et Manon Jane Rehulka Parker (stagiaire), partagent un certain nombre de recommandations d’ordre politique. Premièrement, déposer une intervention parlementaire visant à l’établissement d’une analyse de la marge de manœuvre pour des domaines d’activité de la politique sociale. Deuxièmement, déposer une intervention parlementaire visant à actualiser l’évaluation financière cantonale.
Dans le domaine de l’aide sociale, la BAK recommande le dépôt d’une intervention parlementaire demandant au canton un rapport régulier et systématique sur les causes du nombre élevé de cas dans le domaine de l’aide sociale et de sa croissance à sa moyenne.
Dans le domaine de la vieillesse et de l’invalidité, les auteurs recommandent le dépôt d’une intervention visant à réaliser une analyse des facteurs de coûts dans les fonctions soins ambulatoires, établissements de soins et foyers pour invalides, distinguant les composantes prix, volume, qualité et case-mix.
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