Approvisionnement de médicaments: clé de voûte de la santé

Flavia Giovannelli
Publié mercredi 03 décembre 2025
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#Médicaments UPSAPharma s’est imposée comme un acteur clé du marché du paracétamol et de l’automédication.

Derrière chaque rupture d’approvisionnement, il y a un patient qui attend, un pharmacien qui cherche, un médecin qui improvise. Et un pays qui découvre la fragilité de son système de santé: performant, certes, mais confronté à des coûts croissants et à une dépendance logistique qu’il ne maîtrise plus entièrement. Le directeur pour la Suisse du groupe français UPSA, l’un des leaders des produits à base de paracétamol, mais aussi de l’automédication et des compléments alimentaires, dévoile les dessous de ce marché clé et la stratégie choisie.

«Ces dernières années nous ont montré que l’approvisionnement en médicaments, souvent produits à l’étranger pour des raisons de coûts, reste fragile, surtout en période de tensions géopolitiques. Chez UPSA, nous nous sommes donné pour mission de contenir au maximum les risques de rupture en renforçant nos capacités opérationnelles», souligne Patrick M. Leimgruber, directeur UPSAPharma Suisse. Fondée en 1935 à Agen, UPSA est une entreprise d’origine française, pionnière dans le domaine des médicaments effervescents, rachetée en 2019 par le groupe pharmaceutique japonais Taisho Pharmaceutical.

Après la pandémie de covid, UPSA a estimé essentiel de rapatrier la production du principe actif du paracétamol en France, avec l’appui du gouvernement. Le projet représentait un défi de taille. Il a fallu identifier le site de la future usine, réunir les partenaires industriels et trouver les financements de l’ordre de cent millions d’euros, dont 30% à 40% de fonds publics. Le site retenu se situe dans l’Isère et l’objectif est de produire du paracétamol 100% français dès l’année prochaine, avec une montée en puissance progressive. L’idée centrale entend éviter les dépendances critiques à certaines molécules. En cas de défaillance d’un fournisseur, les laboratoires européens peuvent se retrouver contraints de lancer une recherche d’urgence pour le remplacer, une situation qui fragilise tout l’écosystème pharmaceutique.

Mieux servir les femmes

Depuis la reprise par le groupe japonais, Isabelle Van Ryck est à la fois présidente et CEO d’UPSA. De longue date engagée dans l’entreprise, elle entend diversifier le portefeuille du groupe. La santé féminine demeure l’un des angles morts de la pharmacie mondiale, encore sous-financée malgré des besoins croissants liés à la ménopause, aux douleurs chroniques ou à la santé hormonale. La dirigeante a donc décidé d’orienter le développement d’UPSA vers ce domaine encore peu exploré, alliant engagement sociétal et potentiel de croissance.

Cherté relative de la place helvétique

N’exportant pas vers les États-Unis, UPSA n’est pas directement concernée par la menace de nouveaux droits de douane annoncés par l’administration américaine. Mais l’observation de ces tendances renforce sa conviction: diversifier les marchés reste la meilleure protection.
Sa présence en Suisse, bien que modeste, participe de cette logique. À Zoug, UPSA emploie vingt-cinq collaborateurs, tous dédiés à l’optimisation des opérations sur le marché indigène. «En Suisse, avec Dafalgan, nous disposons d’une marque très connue et leader sur le marché», explique Patrick Leimgruber. «Cette présence s’inscrit dans la stratégie d’expansion internationale d’UPSA, qui vise à renforcer sa position sur les marchés européens tout en en ouvrant de nouveaux, notamment en Chine, en Allemagne, en Angleterre et en Inde.»
Reste que le marché suisse conserve une particularité bien connue: les médicaments y sont nettement plus chers qu’ailleurs en Europe, conséquence d’un système de fixation des prix très encadré et de coûts structurels élevés. Le contrôleur des prix, l’Office fédéral de la santé publique, veille pourtant à la maîtrise de ces coûts: il négocie directement avec les entreprises lorsque c’est nécessaire ou fixe lui-même le tarif des médicaments remboursés. Malgré cela, la population suisse a souvent l’impression de payer bien plus cher que de l’autre côté de la frontière. Comment l’expliquer? «C’est une question d’échelle. La Suisse est un petit marché, ce qui ne permet pas de faire baisser les prix comme dans les pays à fort volume. En outre, tout doit être importé: la logistique est plus complexe et plus onéreuse. Il faut néanmoins comparer la situation avec des pays similaires. «En Belgique, par exemple, les médicaments sont encore plus chers», résume Patrick Leimgruber. La santé présente des défis qu’il faut anticiper: localisation, rapatriement ou diversification. Autant de pistes sur lesquelles l’industrie pharmaceutique devra bâtir le futur, entre souveraineté retrouvée et équilibres économiques à repenser.


Future votation

Près de six cents médicaments sont aujourd’hui en rupture de stock ou difficiles à obtenir en Suisse, notamment parmi les génériques à bas prix. Pour y remédier, le Conseil fédéral a ouvert le 20 juin 2025 une consultation sur un contre-projet direct à l’initiative populaire Oui à la sécurité de l’approvisionnement médical. Le texte prévoit d’accorder à la Confédération de nouvelles compétences en matière de surveillance du marché, d’acquisition de médicaments, d’incitations économiques à la production et de coopération internationale. L’initiative repose sur trois piliers:

  1. un transfert de compétence fédéral pour remplacer les vingt-six régimes cantonaux actuels;
  2. le renforcement de l’écosystème suisse de recherche, production et stockage;
  3. la mise en place de chaînes logistiques fiables avec l’étranger.
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