Marlène Wiedmer, présidente de CoiffureSuisse section Genève, refuse de baisser les prix dans son salon face à la concurrence des barbershops.
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Steven Kakon
Publié jeudi 02 juillet 2026
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#Coiffure
Un malaise grandit dans les salons traditionnels. Ils dénoncent la concurrence des barbershops, qui ont le vent en poupe.
Se faire couper les cheveux et tailler la barbe pour quinze francs? L’offre séduit toujours plus les hommes, mais irrite la concurrence. Depuis une dizaine d’années, les barbershops se multiplient et cassent les prix, bousculant ainsi l’équilibre d’un marché aux marges déjà limitées. «Ces acteurs fragmentent la clientèle masculine qui était un pilier pour les salons traditionnels», remarque Marlène Wiedmer, présidente de la section genevoise de Coiffure Suisse, précisant que des barbershop sont membres de l’association.
Selon elle, ils viennent s’ajouter à une offre de salons traditionnels, déjà saturée. «Nous sommes quatre dans un périmètre de 200 mètres», illustre notre interlocutrice, qui est aussi propriétaire du salon Doubl’You à Carouge.
Dans le quartier des Nations, le salon L7 enregistre une baisse des coupes hommes, enfants et garçons, indique la co-propriétaire Dragica Pantic. «J’ai vu une partie de ma clientèle partir, mais aussi revenir», nuance Marlène Wiedmer.
Multiples infractions
Aucune des deux entrepreneures n’a revu ses prix à la baisse. «Nous avons un CFC et suivi des formations continues, nous utilisons de bons produits et faisons du conseil à la clientèle. Nos clients sont aux petits soins. Tout cela à un prix», justifie Marlène Wiedmer. «En dessous de 40 francs, ce n’est pas viable, car les salaires de mes employés augmentent chaque année», renchérit Dragica Pantic. A Genève, la profession est soumise au salaire minimum, plus avantageux que celui fixé dans la convention collective de travail (CCT, étendue et de force obligatoire), cette dernière s’appliquant à tous les salons. Dragica Pantic ne perçoit toutefois pas les barbershops comme une menace: «je me demande simplement comment ils s’en sortent avec une coupe de cheveux et une taille de barbe à 15 francs».
Le revers de la médaille, ce sont justement des conditions de travail en marge de la légalité. En 2025, la commission paritaire a effectué 450 contrôles dans toute la Suisse. Résultat: plus de 400 établissements présentaient des infractions à la CCT en matière de salaires ou de conditions de travail. Si ces manquements concernent aussi des salons traditionnels, près des deux tiers des entreprises épinglées étaient des barbershops», souligne Marlène Wiedmer.
En Suisse romande, le constat est particulièrement préoccupant. Sur la trentaine d’entreprises genevoises et vaudoises contrôlées, la totalité présentaient au moins une infraction à la CCT: 78% d’entre elles avaient des irrégularités salariales et 98% connaissaient des irrégularités de conditions de travail. Non-respect des engagements fixés dans la CCT, sous-enchère salariale, personnel non déclaré, dépassement de la durée de travail hebdomadaire et absence de cotisations sociales sont les infractions constatées les plus fréquentes. Face à cette situation, Coiffure Suisse appelle à renforcer les contrôles et dénonce systématiquement les abus auprès de la commission paritaire et de l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail.
De son côté, l’OCIRT indique avoir mené 36 contrôles en 2025 dans les «salons de coiffure et instituts de beauté»ayant donné lieu à 10 infractions. Celles-ci portent aussi bien sur les conditions de travail et de rémunération que sur la lutte contre le travail au noir, notamment en lien avec des violations de la loi sur les étrangers et l’intégration. En comparaison, 31 contrôles ont été effectués en 2024, pour 12 infractions constatées, contre 20 contrôles et 9 infractions en 2023.
Postulat vaudois
Dans le canton de Vaud, le député Romain Pilloud a déposé en août 2025 un postulat qui demande au Conseil d’Etat d’intensifier les moyens de contrôle des salons pour les protéger face à «la concurrence déloyale des barbershops». L’élu affirme qu’il faut «agir de manière beaucoup plus efficace. Les contrôles ne sont pas suffisants et les infractions deviennent la norme».
Sollicité par Entreprise Romande, il informe ne pas avoir encore reçu de retour du gouvernement: «la balle est dans leur camp». L’élu précise que «la proposition demande de réfléchir à coordonner des actions fortes sur de multiples domaines: blanchiment, comptabilité, travail au noir, respect de la CCT et moyens dédiés. Le retour va donc prendre un certain temps». «Il est clair cependant que le Conseil d'Etat est aussi libre de prendre quelques mesures dans des délais plus courts. Mais, pour l’heure, aucune annonce n'a été faite dans ce sens», conclut-il.
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