Ces PME romandes qui s'étendent en Suisse alémanique (1 sur 4)

Zurich constitue un pôle d’attraction pour les entreprises voulant s’installer en Suisse alémanique
Zurich constitue un pôle d’attraction pour les entreprises voulant s’installer en Suisse alémanique Thomas Wolf, www.foto-tw.de
Pierre Cormon
Publié lundi 31 août 2026
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#marchés S’il est rarement facile de s’implanter en Suisse alémanique, ce marché offre de nombreux avantages, comme en témoignent plusieurs entrepreneurs romands.

Alors que les PME alémaniques sont nombreuses en Suisse romande, l’inverse n’est pas vrai. Les entreprises telles que REMICOM (achat et reprise de commerces), Harsch (déménagement et entreposage) ou la Distillerie Morand constituent plutôt l’exception.

La barrière de la langue, les différences culturelles ou le manque de réseau intimident bien des entreprises. Dans des secteurs matures, comme le bâtiment ou le commerce de détail, des acteurs bien établis dominent déjà le marché.

Des Romands se lancent tout de même, pour suivre leurs clients, profiter d’un marché plus vaste, se rapprocher des décideurs alémaniques, élargir leur bassin de recrutement, gagner une stature nationale, plus à même d’intéresser de gros donneurs d’ordre…

Essais et erreurs

La démarche peut être longue et incertaine. Il a fallu une dizaine d’années à l’entreprise genevoise Secur’Archiv (archivage) pour s’y faire une place (elle a depuis été intégrée dans un groupe international). Berdoz Optique a attaqué le marché alémanique sous son propre nom avant de s’en retirer et d’y revenir avec une marque différente. QoQa (commerce en ligne) a d’abord simplement traduit son site, avant de se rendre compte que le marché alémanique requérait une approche différente. Interiman Group a commencé par ouvrir des agences locales rapportant directement au siège romand, avant de donner beaucoup plus d’autonomie à sa structure alémanique.

Les difficultés sont d’autant plus sensibles qu’il n’existe pas d’organisme consacré à l’accompagnement des entreprises locales d’une région à l’autre. Les promotions économiques endogènes (Wirtschaftsförderung) peuvent leur fournir des prestations, mais elles ne sont pas spécialisées dans l’accueil d’entreprises d’autres horizons et ne les démarchent pas activement.

Zurich convoitée

Peu d’entreprises romandes pensent d’ailleurs à y faire recours: la Wirtschaftsförderung de Zurich n’est sollicitée que deux ou trois fois par année par des entreprises romandes. «Il s’agit avant tout de PME et de startups qui veulent s’installer en Ville de Zurich», précise Philipp Kleiserr, chef de la communication de la direction de l’économie du canton de Zurich.

C’est ce qui avait poussé le conseiller national Antonio Hodgers à proposer la création de chambres de commerce pour aider les petites entreprises à s’établir dans une autre région linguistique, en 2010. Ce n’est pas le rôle du secteur public, avait répondu le Conseil fédéral.

Avantages

Ces obstacles surmontés, une présence en Suisse alémanique peut présenter de nombreux avantages. Zurich, notamment, est une ville très dynamique. Le cadre légal est beaucoup plus facile à appréhender que celui de pays voisins – dans de nombreux domaines, comme le droit du travail, il est identique dans tout le pays.

Si des différences de mentalité existent, les Suisses se retrouvent généralement autour d’un niveau d’exigence élevé et de l’amour du travail bien fait. Une présence en Suisse alémanique peut également être un atout pour décrocher des mandats auprès de gros donneurs d’ordre – des entreprises actives dans tout le pays et qui privilégient les fournisseurs qui le sont aussi. «On change de statut, d’entreprise locale à entreprise nationale», confie un entrepreneur.

Enfin, le facteur linguistique n’est plus aussi central qu’auparavant, du moins dans certains secteurs. La Suisse s’internationalise, et c’est notamment le cas à Zurich. Quelque 36% des travailleurs y utilisent régulièrement l’anglais au travail, selon l’Office fédéral de la statistique, une proportion en progression régulière. Bien des décideurs ont l’habitude de faire des affaires dans cette langue et ceux qui viennent de l’étranger peuvent y être plus à l’aise qu’en allemand.

 


Des points à prendre en considération

 

• La langue

Maîtriser l’allemand et comprendre le suisse-allemand est un grand avantage, mais pas une condition sine qua non. Si ce n’est pas le cas, on peut s’entourer de collaborateurs locaux, bien insérés et parlant le dialecte. De plus en plus de secteurs, par ailleurs, ont l’anglais comme langue de travail.

• Le réseau

On peut compenser son manque de réseau en engageant des collaborateurs locaux, ou même en rachetant une entreprise locale, déjà bien implantée.

• La mentalité

Si les Suisses se retrouvent sur un certain nombre de valeurs, il existe des nuances. Les Alémaniques ont la réputation d’accorder plus d’importance aux procédures, les Romands au résultat. Les Alémaniques ont aussi la réputation d’attacher davantage d’importance aux qualités d’un produit, moins aux marques.

• Le positionnement

Il peut être judicieux de changer de positionnement côté alémanique, comme l’a fait la Distillerie Morand, de Martigny. Alors qu’elle vend beaucoup au consommateur côté romand, elle a une approche plus B2B en Suisse alémanique, rapportait PME Magazine en 2025. Le storytelling doit également se référer aux réalités locales.

• L’offre

La question de l’offre est cruciale dans le commerce de détail, où les préférences des consommateurs peuvent différer sensiblement. Celle de QoQa a ainsi été adaptée au goût de nos compatriotes, sur la partie du site qui leur est destinée.

• La structure

De nombreuses entreprises choisissent de laisser une large autonomie à leur antenne alémanique, qu’elle prenne la forme d’un bureau, d’une succursale ou d’une filiale. Elle peut ainsi beaucoup mieux s’adapter aux réalités du marché.

 

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