Fanny Eyraud réinvente la protection patrimoniale en pionnière de la tech

Fanny Eyraud, fondatrice et CEO de PSPI.
Fanny Eyraud, fondatrice et CEO de PSPI. PSPI
Flavia Giovannelli
Publié mardi 07 juillet 2026
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#Digital et assurance La protection des biens des grandes fortunes est au cœur d'une innovation développée à Genève, qui suscite déjà l'intérêt d'une clientèle et d'une communauté internationale.

Vous êtes la fondatrice et CEO d'un cabinet d'assurance, pourtant, vous explorez des solutions futuristes grâce à la tech. Compatible?
C'est certain que lorsqu'on évoque cette profession, ce n'est pas forcément ce qui donne envie de s'asseoir à côté de vous lors d'un dîner! Pourtant, j'aborde mon métier avec beaucoup de passion, car j'y vois un univers où l'intelligence des chiffres rencontre l'humain. Dans le segment où j'évolue, il faut gérer des risques patrimoniaux toujours plus complexes et fragmentés, en raison de la multiplication des acteurs impliqués et de leur répartition géographique. Auparavant, j'ai obtenu un diplôme en finance et en statistiques, puis travaillé à Londres chez Goldman Sachs avant de rejoindre notamment le groupe Allianz à Genève.

Vous avez une âme d'entrepreneuse?
On peut le dire ainsi. J'ai tout d'abord développé un cabinet de courtage en assurances classique, basé à Genève, PSPI. Notre mission consiste à assurer des biens d'exception: yachts, avions, œuvres d'art, montres ou bijoux. J'ai cherché à être la plus créative possible pour une clientèle privée et internationale, avec une approche proche de celle d'un family office dans les solutions proposées. Depuis quinze ans, nous enregistrons une croissance à deux chiffres. Comme beaucoup, la crise du covid a été pour moi une parenthèse qui m'a conduite à une véritable introspection. J'ai commencé à voir plus clairement les défis auxquels notre secteur était confronté: une incompréhension croissante entre les assurés et les assureurs, un besoin de davantage de transparence, de pédagogie et d'innovation.

Cette réflexion a débouché sur une plateforme imaginée et développée à Genève. Dites-nous en plus.
Il fallait être disruptif en développant un outil répondant à des besoins très concrets et capable de reconnecter les nombreux intermédiaires qui gravitent autour du patrimoine. Au fil de mon parcours, j'ai trop souvent constaté que ces biens étaient mal documentés et parfois sous-assurés.

Le résultat, c'est Jema, une plateforme qui offre à leurs propriétaires, à leurs gestionnaires et à leurs assureurs une vision consolidée, intuitive et facilement exploitable de l'ensemble de leurs luxury assets. Jema se situe au croisement de l'art, de l'assurance et de la donnée.

A quels besoins répond-elle?
Prenons un exemple concret. Un collectionneur genevois prête une toile de maître estimée à plusieurs millions de francs pour une exposition temporaire à New York. L'œuvre est emballée par des spécialistes, transportée par avion, assurée par différents intervenants. En cas d'imprévu, il faut pouvoir accéder immédiatement aux contrats, certificats, expertises et documents de transport. Jusqu'ici, ces informations étaient souvent dispersées entre plusieurs acteurs.

C'est précisément pour répondre à ce type de situations que j'ai développé Jema. Je veux permettre à nos clients de reprendre le contrôle face à la complexité des grands patrimoines. Ils disposent d'une vision complète et dynamique de leurs actifs, avec une cartographie précise et des valeurs actualisées en temps réel. Toute la documentation essentielle - factures, certificats, polices d'assurance, expertises, etc. - est centralisée dans un espace numérique sécurisé, accessible à tout moment.

Cette logique vaut également pour d'autres situations, comme les successions. Les héritiers se trouvent parfois face à des estimations imprécises ou à une gestion peu transparente des actifs. Plus le patrimoine est substantiel, plus cette problématique devient critique. La digitalisation apporte une réponse en renforçant la traçabilité et l'historique des biens, ce qui redonne de la cohérence au processus.

Plus largement, il s'agissait aussi de reconnecter les différents intervenants. Jusqu'à présent, les wealth managers, les assureurs ou les conseillers travaillaient souvent avec leurs propres méthodes et leurs propres rapports. J'ai voulu réunir toutes ces informations au sein d'une seule plateforme, tout en offrant une expérience fluide, élégante et hautement sécurisée, pensée pour répondre aux attentes des nouvelles générations.

Avez-vous d'autres exemples issus du terrain?
La transmission devient un enjeu toujours plus sensible, notamment en raison des tensions qui peuvent apparaître entre héritiers lors de l'ouverture d'une succession. Ils se retrouvent parfois face à des estimations imprécises ou à une gestion peu transparente des actifs. Plus le patrimoine est important, plus cette problématique devient critique. La digitalisation apporte une réponse en renforçant la traçabilité et l'historique des biens, ce qui redonne de la cohérence au processus.

J'évoquerais également la notion de risque, qui évolue très rapidement et parfois de manière inattendue pour les grandes fortunes. Un exemple concret concerne la responsabilité civile liée au personnel de maison, à laquelle on ne pense pas toujours. Une plateforme numérique permet de gérer plus efficacement toutes les situations grâce à la centralisation des documents, au suivi des opérations et à la traçabilité, notamment via les objets connectés.

Comment garantissez-vous la sécurité de ces données patrimoniales?
La question est centrale. Notre infrastructure repose sur un hébergement en Suisse, dans un cloud souverain. C'est déjà une garantie essentielle pour nos clients. Nous avons également veillé à assurer l'intégrité des données grâce, notamment, à une double authentification et à des technologies de chiffrement avancées.

Existait-il déjà de tels outils sur le marché?
Pas à ma connaissance, ce qui explique l'intérêt que nous avons suscité auprès des gestionnaires d'actifs, des family offices et d'autres spécialistes, dès le lancement de Jema à la fin de l'année 2025.

Votre équipe est majoritairement féminine. C'est encore rare dans la tech.
Historiquement, le secteur de la technologie est très masculin. En Suisse, sur 100 entreprises technologiques, 24 sont dirigées par des femmes et 12 par des équipes mixtes. Dans le domaine de l'intelligence artificielle, les femmes ne représentent qu'environ 20% des dirigeantes. À l'échelle mondiale, ces proportions sont souvent  plus faibles. Pour ma part, j'ai souhaité bousculer les codes en constituant une équipe la plus inclusive possible, réunissant des profils et des sensibilités variés.

Quelles sont les personnalités qui vous ont inspirée tout au long de votre parcours?
La première personne qui m'a inspirée, c'est mon grand-père. Il est parti de rien pour bâtir l'une des plus grandes entreprises de chauffage du Sud-Ouest de la France. Ce qui m’a marquée, c'est sa manière d'être avec les autres: une capacité incroyable à comprendre les gens, à créer du lien et à fédérer naturellement. Une véritable intelligence humaine. Je pense ensuite à la famille Aponte, fondatrice de MSC. Gianluigi et Rafaela Aponte sont partis d'un seul bateau pour devenir une tête de file mondiale du transport maritime. Leur parcours illustre ce que j'admire dans l'entrepreneuriat: une vision, de la persévérance, une indépendance assumée et la capacité à transmettre un groupe familial à la génération suivante.

Enfin, ce n'est pas une personnalité mais une maison de luxe: Hermès. J'admire sa capacité à rester fidèle à son identité depuis six générations, sa solidité et la culture d'entreprise. Son exigence et l'attention portée à chaque client résonnent profondément avec ma vision de faire de l’assurance et de la protection.

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