Opinions

La valse des matelas

Flavia Giovannelli Journaliste Publié jeudi 03 septembre 2026

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Genève, ville internationale, symbole de la sécurité «à la Suisse»? Ces temps, c’est la face cachée de la mendicité qui interpelle: matelas et autres campements sauvages s’installent dans l’espace public. De Bel-Air aux Rues-Basses en passant par l’église Saint-Gervais, un parcours d’obstacles attend parfois le passant.
Que faut-il faire lorsqu’une dérive si visible devient pratiquement impossible à traiter?
Fin août, Marie Barbey-Chappuis qualifiait sur le plateau de Léman Bleu une situation devenue intenable, la jugeant «presque hors de contrôle». En témoignent les chiffres de l’été: 13 tonnes de déchets, 55 interventions de la police municipale et 22 opérations d’évacuation. Au fil de son expansion, ce fléau fragilise l’identité et les atouts historiques qui font le charme de Genève.
L’impasse dure depuis près de vingt ans. Enlisées dans ce dossier, les autorités se renvoient la balle tandis que l’arsenal législatif se brise sur le mur des réalités ou des décisions de justice. Face à cette inertie, les forces de police sont condamnées à un éternel travail de Sisyphe.
Cette impuissance a un coût: financier, social et collectif. Une activité, néanmoins, semble parfaitement rodée: la valse des matelas. Enlevés le matin, ils réapparaissent le soir. Rarement aura-t-on déployé autant d’énergie pour revenir, chaque jour, au point de départ.
Une collectivité publique ne peut pas durablement consacrer des moyens humains et financiers à effacer, chaque matin, les symptômes d’un phénomène qu’elle ne parvient pas à réguler. Pour autant, nul besoin de tomber dans un raisonnement binaire. La compassion n’interdit pas la règle. Et la règle n’interdit pas la compassion.
C’est par là qu’il faut reprendre le problème. D’autres villes ont su endiguer le phénomène: leurs expériences gagneraient à être examinées. Genève mérite mieux que de voir la dérive des campements tourner à la Genferei, entre blocages juridiques, querelles de compétences et solutions sans lendemain.
Il appartient aux autorités de sortir de cette inertie et de trouver des réponses pragmatiques, applicables et fermes. Car à force de déplacer les matelas sans faire bouger les lignes, Genève risque de jouer encore longtemps la même valse.