Qui fait quoi et où? La FTI s'est donné les moyens de le savoir

Holcim PAV, été 2013.
Holcim PAV, été 2013. Thierry Parel/FTI
Pierre Cormon
Publié jeudi 11 juin 2026
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#zones industrielles De nouvelles études analysent la répartition, les caractéristiques et la mutation des activités dans les zones industrielles et artisanales genevoises.

Combien d'entreprises, actives dans quels secteurs et représentant combien d'emplois, ne pourraient-elles en aucun cas déménager du secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV), actuellement en pleine mutation? Si l'on densifiait le logement dans tel secteur de la boucle du Rhône, quelles activités économiques seraient-elles affectées?

Jusqu'à présent, il était difficile de répondre de manière précise à ce type de questions. Des données existaient, les spécialistes connaissaient bien le terrain et les besoins de telle ou telle entreprise, mais il manquait un tableau de bord permettant d'avoir une vision globale de la répartition des activités sur le territoire, ainsi que de leurs caractéristiques et leur évolution. Cette lacune est en passe d'être comblée. La Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI1) a créé un Observatoire industrie et artisanat. Il publie aujourd'hui les deux premières études d'une série qui, à terme, devrait couvrir tout le canton et être répétées à intervalles réguliers. Elles ont été réalisées par la société Microgis.

Praille-Acacias-Vernets

La première étude concerne le PAV. Le secteur, autrefois essentiellement voué à l'industrie et à l'artisanat, se transforme. Une partie reste consacrée à ces activités, notamment autour des voies de chemin de fer. L'autre se transforme pour accueillir du logement et du tertiaire.

Que deviennent les entreprises qui s'y trouvent? Trois cas se dégagent. Certaines ne peuvent pas quitter le secteur, parce qu'elles ont besoin d'infrastructures très spécifiques (notamment un accès au rail), ou parce qu'elles servent avant tout une clientèle de proximité.

"Une petite entreprise d'électricité qui déménagerait d'un bout à l'autre bout du canton risquerait de perdre 80% de sa clientèle", résume Guillaume Massard, directeur général de la FTI. Une entreprise qui reçoit des marchandises par le rail pour les amener en ville ne peut pas non plus s'éloigner sans conséquences sur ses activités. "Grâce à cette étude, nous sommes en mesure de les identifier et de quantifier les besoins de manière beaucoup précise", relève Guillaume Massard.

Concentration

Concrètement, alors que 530 entreprises industrielles et artisanales sont identifiées dans le PAV, seules 180, comptant 900 emplois, devraient y rester. Un mouvement de concentration a déjà débuté, dans les secteurs qui conserveront leur vocation artisanale et industrielle, montre l'étude. C'est surtout le cas le long des voies de chemin de fer.

Deuxième cas: certaines entreprises pourront rester dans les zones en train de se transformer pour accueillir du logement ou des services. Elles ne génèrent pas de nuisances et n'ont pas besoin d'infrastructures spécifiques. Cela explique qu'elles soient d'ores et déjà beaucoup plus dispersées sur le territoire que celles groupées autour des infrastructures ferroviaires. Ce peut-être par exemple le cas d'un éditeur de logiciels, d'un artisan d'art ou d'une petite serrurerie.

Des entreprises, enfin, quitteront le PAV – parce qu'il n'y aura pas la place pour toutes et que leur activité dépend moins de leur localisation. C'est notamment le cas d'entreprises travaillant essentiellement à l'international, de services très spécialisés ou d'activités à haute valeur ajoutée. On peut penser par exemple à un sous-traitant horloger.

Densification

"L'enjeu est de conserver ces entreprises à Genève", estime Guillaume Massard. Quelque 240 ont été considérées comme devant être relogées dans le canton de manière prioritaire. Comme les zones industrielles n'ont plus beaucoup de surfaces libres, on a entrepris de les densifier, en construisant en hauteur, il y a une douzaine d'années. C'est ainsi que se sont multipliés les hôtels d'entreprises, par exemple dans le secteur du Tourbillon (Plan-les-Ouates) ou aux abords de la halte ferroviaire de Zimeysa (Meyrin).

Cette configuration peut cependant générer des loyers plus élevés au mètre carré, difficiles à payer pour de petites entreprises. "Dans ce cas, on examine si elles n'ont pas moyen d'optimiser l'utilisation de leurs surfaces" explique Stéphanie Bournhonnet, cheffe de projets à la FTI. "Elles peuvent ainsi conserver un loyer identique, dans des locaux plus petits". La FTI veut aussi promouvoir de nouveaux modèles, comme les coopératives d'entreprises, dont l'une est en construction dans la zone industrielle de Confignon.

Bases de discussion

Les études permettront de piloter ces transformations plus finement. Elles forment également une base sur laquelle discuter de manière plus concrète avec les autorités locales. "Si une commune envisage de densifier une zone de logements dans laquelle se trouvent des entreprises, nous pourrons leur fournir des éléments très précis sur les répercussions que cela aura sur le tissu économique et le type d'activités qui seront touchées", résume Guillaume Massard. "Elle disposera ainsi de meilleures bases de décision."

Une étude a aussi été réalisée sur le secteur des Pétroliers (lire ci-dessous). La démarche est destinée à être étendue – la FTI espère disposer de données couvrant l'ensemble du canton (avec un accent plus particulier sur les zones industrielles et artisanales et les zones d'activité mixte) à l'automne. Elles sont destinées à être actualisées à intervalles réguliers – par exemple tous les ans. On pourra ainsi suivre de beaucoup plus près les mutations des activités.

1 Une fondation de droit public qui gère la totalité des zones industrielles et artisanales du canton (à l'exception de celle de la Pallanterie).


Le secteur des Pétroliers à contre-courant

L'économie se tertiarise? Pas dans le secteur des Pétroliers – une zone qui couvre grosso modo la boucle du Rhône (Aïre, Le Lignon…) jusqu'à la voie ferrée qui longe les citernes de produits pétroliers. On y trouve beaucoup d'entreprises actives dans l'industrie légère, la construction, les transports et la logistique ainsi que le commerce de gros. Elles y trouvent une localisation idéale, à proximité d'une sortie d'autoroute, d'une voie de chemin de fer, de l'aéroport et du centre-ville.

Alors que les activités tertiaires ont sensiblement progressé dans le canton entre 2012 et 2022, la zone a connu l'évolution inverse. Les emplois liées à l'économie productive ("celle qui produit, transforme ou distribue des biens tangibles", précise l'étude) est passé de 76,8 à 84,4%. C'est notamment le cas aux abords de la voie ferrée, où a récemment ouvert une écoplateforme pour les déchets du bâtiment.

Ces activités ont avant tout une vocation régionale. "Les entreprises du secteur, situées à l’intérieur de la ceinture autoroutière, répondent d’abord aux besoins du canton et de sa région: énergie, construction, logistique, services aux autres entreprises", remarque l'étude. "Elles sont essentielles à l’approvisionnement et à l’entretien du centre urbain et de l’agglomération." Tout projet d'aménagement du territoire devra en tenir compte.

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