Depuis plusieurs décennies, il est banal de critiquer l’économie qui endosse, bien malgré elle, tous les maux de notre temps. C’est elle qui pollue sans vergogne et détruit la planète. C’est elle qui, en exploitant ses employés, les conduit au burn-out. C’est elle qui, par esprit de lucre, maximise ses profits au détriment des salaires de son personnel (le travail), sacrifié sur l’autel des actionnaires (le capital). Quand elle va bien, on veut la pressurer d’impôts jusqu’à ce qu’elle rende gorge. Quand elle va mal, on l’accuse de ne pas remplir son rôle de pourvoyeuse de fonds destinés à corriger les inégalités sociales. En Suisse, pays qui se revendique libéral, les initiatives pleuvent pour encadrer ces irresponsables, les lois et les règlements se multiplient, le poids administratif devient toujours plus lourd. Dans ce contexte, on s’enchante de lire les données internationales récentes qui montrent que le niveau de confiance des peuples envers les entreprises augmente en même temps que la défiance envers l’État et les institutions publiques.
En France, pays qui se méfie pourtant de l’économie, 76% de la population fait confiance aux
PME/PMI et 48% aux multinationales. «Les entreprises sont des points d’ancrage, des repères dans un monde où beaucoup de certitudes s’effondrent», affirmait Pierre-André de Chalendar, président de l’Institut de l’Entreprise.
On retrouve une même situation en Allemagne et en Italie avec plus de 50% de confiance. En Suisse, les sondages ne testent pas souvent l’attachement de la population à son économie, allez savoir pourquoi? Certaines données proposent toutefois des explications utiles sur la bonne cote des entreprises, car elles paraissent plus axées sur l’efficacité, la performance, l’emploi et l’inventivité. Ainsi, dans l’étude UBS 2024, 84% des Suisses considèrent que les PME et les grandes sociétés contribuent beaucoup ou sensiblement à rendre la Suisse innovante, score supérieur à celui du Conseil fédéral (5%) ou du parlement (38%), qui doivent se contenter d’offrir des conditions cadre favorables pour que les dirigeants puissent développer leur projet sans trop d’entraves.
À l’inverse de cette foi envers leurs patrons, un quart seulement des Français font confiance au gouvernement ou aux instances législatives nationales.
La moitié accordent encore crédit à leurs conseils municipaux et départementaux, ce qui prouve que la proximité s’avère payante. En Suisse aussi, la capillarité démocratique induite par la décentralisation des pouvoirs est un facteur de stabilité et d’ancrage. Le fédéralisme, porteur il est vrai de certaines lourdeurs et lenteurs à la décision, reste toujours le meilleur système pour convaincre la population. Dans le baromètre de l’OCDE, la Suisse est en tête de la confiance octroyée à ses autorités, loin devant tous les autres pays d’Europe. Mais les peuples ayant besoin d’un punching-ball pour déverser leurs insatisfactions, ils désavouent vigoureusement (et injustement?) les partis politiques. Les Français en particulier avec 16% seulement de confiance, contre 38% des Suisses, 36% des Italiens, 34% des Allemands et 23% des
Néerlandais.
Les médias ne se portent guère mieux. À noter que ce sont là deux instances qui s’emploient à dicter aux citoyens leurs comportements et leurs opinions, ce qui n’est plus très bien accepté aujourd’hui. Avec les réseaux sociaux, chacun peut, ou croit pouvoir, se faire une opinion tout seul et répugne à toute tentative d’influence. Là encore, la Suisse offre de meilleurs scores que le reste de l’OCDE, les Helvètes se montrant plus en confiance avec tous les acteurs qui agissent sur leur vie à court ou moyen terme.
Cet état d’esprit n’est sans doute pas étranger au niveau de bonheur qu’ils manifestent année après année dans les sondages internationaux.
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