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Electrifier les routes suisses: la route est encore longue

Steven Kakon Journaliste Publié mardi 20 janvier 2026

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Les vœux de Noël d’auto-suisse n’ont pas été exaucés. Malgré des promotions agressives et une offre pléthorique, la transition vers la mobilité électrique patine. De janvier à novembre 2025, le marché des voitures neuves en Suisse et au Liechtenstein a reculé de 3,4% par rapport à 2024. Le nombre de véhicules à prise immatriculés baisse légèrement (-0,4%). Leur part de marché plafonne à 32,8% (21,6% pour les électriques, 11,2% pour les hybrides rechargeables), loin des 50% visés par la feuille de route fédérale. Mi-décembre, l’Union européenne a renoncé à obliger les constructeurs automobiles – plombés par des ventes durablement atones – de passer au tout-électrique en 2035. Pourquoi ce retard? Outre le prix élevé des véhicules électriques, les freins sont multiples: prix élevé de l’électricité, absence d’incitations économiques, infrastructures insuffisantes, écrit l’association des importateurs officiels dans son communiqué de fin d’année. Le problème est concret: de nombreux parkings privés ne disposent pas de bornes. Sans recharge à domicile, acheter un véhicule 100% électrique est un casse-tête. Pour installer des bornes de recharge, il faudrait l’accord de la régie et convaincre les voisins de partager la facture d’électricité. Autant dire mission impossible. Quand j’évoque mon envie de passer à l’électrique, à la fois pour des raisons écologiques et économiques (plein moins cher et entretien réduit), mon entourage ne m’encourage pas. D’autant que le bilan carbone de fabrication des voitures électriques n’est pas irréprochable. Le faible engouement contraste avec les injonctions politiques. Le non-respect des objectifs CO2 entraînera des sanctions de plusieurs centaines de millions de francs pour les importateurs, ce qui risque de renchérir la mobilité pour tous. Le Conseil fédéral, de plus, envisage de taxer les véhicules électriques dès 2030, tout en prônant la décarbonation. Pour auto-suisse, «sans un écosystème fonctionnel pour la mobilité électrique, la transition restera coincée à mi-chemin». L’association réclame la suppression du droit de douane de 4% sur les importations et une flexibilisation des règles CO2. La hausse des hybrides rechargeables (+33% en un an) est encourageante, mais elle ne suffira pas à combler le fossé entre ambitions climatiques et réalité du marché. En clair, la Suisse tire son propre frein à main: tant que les infrastructures ne suivront pas et que les signaux politiques resteront contradictoires, la route vers une mobilité électrique généralisée restera semée d’embûches. Espérons qu’en 2026, la prise de conscience s’accélère.