La «pharma», fer de lance ou talon d’Achille de l’économie suisse?
Publié lundi 16 mars 2026
Lien copié
#Forum du Temps
Lors du rendez-vous du Temps, la pharma a été sous la loupe.
Longtemps, lorsque les investisseurs voulaient s’assurer des placements stables, ils misaient sur les mastodontes de la big pharma. Si la branche représente plus de la moitié de la valeur totale des exportations de marchandises, ayant dépassé 150 milliards de francs l’an dernier, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne que Novartis ou Roche. La pharma suisse constitue un écosystème unique, combinant géants mondiaux, biotechnologies de pointe et spécialisation poussée dans des produits à haute valeur ajoutée. Avec la menace des taxes douanières sur les exportations, les experts prennent conscience que certains atouts de l’économie suisse pourraient se révéler plus exposés qu’attendu.
Lors du Forum Horizon du Temps, trois acteurs de premier plan ont débattu de questions techniques et de financement, mettant en lumière des réalités contrastées. Malgré tout, un consensus se dessinait autour de la nécessité d’évoluer. Madiha Derouazi a ainsi rappelé avoir lancé Amal Therapeutics, une jeune pousse genevoise développant un vaccin contre le cancer, acquise par un groupe allemand en 2019. Aujourd’hui à la tête de SwitchKine, une autre start-up qui conçoit une nouvelle génération de médicaments intelligents en oncologie, elle a reconnu les difficultés rencontrées pour financer ses projets. Un sujet d’autant plus sensible qu’elle se trouvait à la même table que Thierry Mauvernay, président de Debiopharm, société vaudoise active dans le développement de médicaments de pointe et investissant également dans l’intelligence artificielle et la santé numérique. Si les échanges pourront peut-être se poursuivre au-delà du forum, les intervenants ont surtout évoqué les forces et faiblesses de la place pharmaceutique suisse. Pour Thierry Mauvernay, l’un des points sensibles concerne la capacité d’innovation. Malgré les très bons classements internationaux de la Suisse, il rappelle que la majorité des découvertes n’ont pas lieu sur le territoire helvétique, notamment en raison de l’explosion des coûts liés à la recherche. La spécificité suisse réside avant tout dans la fabrication de produits complexes à haute valeur ajoutée. Il a alerté à plusieurs reprises sur un risque de dégradation de la compétitivité du pays, estimant que le soutien étatique à l’innovation demeure parfois insuffisant face à des nations plus accueillantes. Une analyse que partage Madiha Derouazi, qui plaide pour la création d’un fonds fédéral de soutien à l’innovation.
Marché porteur
Adoptant une posture plus nuancée, Gilbert Ghostine, président de Sandoz depuis 2023, estime pour sa part que la pharma suisse peut encore s’appuyer sur la stabilité des conditions cadre en matière de régulation des médicaments, ainsi que sur une main-d’œuvre hautement qualifiée. Il souligne également la présence d’un environnement favorable aux génériques et biosimilaires, cœur de métier de Sandoz.
«Avec la présence de groupes tels que Novartis, Roche ou Lonza, qui conservent leurs centres de décision en Suisse, l’environnement reste porteur», relève-t-il. Interrogé sur la décision stratégique d’investir dans une usine de production située en Autriche plutôt qu’en Suisse, il invoque des raisons historiques: «Si nous avions dû tout recréer de zéro depuis la Suisse, cela nous aurait coûté des milliards».
Chacun, à sa manière, a esquissé des pistes pour que la Suisse puisse préserver un secteur pharmaceutique solide. La concurrence est réelle, mais les leviers résident dans l’investissement ciblé dans des niches de haute expertise, l’encouragement à l’émergence de nouvelles structures capables de bousculer les modèles établis, ainsi qu’un soutien accru des pouvoirs publics, fondé sur une meilleure compréhension des enjeux globaux.
En autorisant les services tiers, vous acceptez le dépôt et la lecture
de cookies et l'utilisation de technologies de suivi nécessaires à leur
bon fonctionnement. Voir notre politique de confidentialité.