La quête de la longévité a de beaux jours devant elle

La clinique Nfinity Swiss vient d’être inaugurée dans le quartier de Plainpalais.
La clinique Nfinity Swiss vient d’être inaugurée dans le quartier de Plainpalais. DR
Flavia Giovannelli
Publié jeudi 01 octobre 2026
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#Marché Essor des produits et des services, multiplication des investissements, naissance de cliniques spécialisées. Le marché de la longévité pèse de plus en plus lourd.

Promesse d’une vie plus longue et en meilleure santé, la longévité est devenue une discipline à part entière. Forte d’un bon écosystème et de son sérieux, la Suisse entend bien y prendre sa place. Zoug bénéficie notamment de la puissance de son secteur des sciences de la vie, tandis que l’arc lémanique s’appuie sur un écosystème très large: industrie pharmaceutique, dispositifs médicaux, compléments alimentaires et cosmétique, cliniques, recherche, startups ou tourisme de la longévité.
Le phénomène devient également très visible sur le plan événementiel. Genève a accueilli en août la Future Human Premium Lifestyle Expo, consacrée notamment à la longévité, au biohacking et aux technologies de santé. À Gstaad, la septième Longevity Investors Conference, qui s’est tenue du 14 au 17 septembre, a réuni investisseurs, scientifiques et entrepreneurs autour des nouvelles pistes de recherche et des opportunités d’investissement.

Comment différencier cette branche novatrice de la médecine traditionnelle? L’ambition des acteurs concernés est d’intervenir très en amont des maladies, cherchant à repérer des facteurs de risque ou des signes de vieillissement quand la personne a encore une plus grande marge de manoeuvre. Avec, en ligne de mire, moins la durée de vie à tout prix que la healthspan, autrement dit le nombre d’années vécues en bonne santé.
Quelque part au fond du cerveau humain sommeillent toujours le Portrait de Dorian Gray et sa fontaine de Jouvence. Dès lors qu’un marché promet jeunesse, santé et années supplémentaires, les vendeurs de miracles ne sont jamais loin.


De la promesse scientifique à la zone grise
Les autorités sanitaires américaines viennent d’en fournir une illustration spectaculaire. Fin août, la Food and Drug Administration a signalé des effets indésirables chez au moins trente personnes ayant reçu du glutathion par voie intraveineuse. Certaines préparations avaient été fabriquées à partir d’un produit qualifié «complément alimentaire», inadapté à un usage injectable. Plusieurs rappels ont suivi.
Autre terrain sensible: la médecine régénérative. Début 2025, la Federal Trade Commission américaine a obtenu plus de 5 millions de dollars de sanctions et remboursements contre les fondateurs du Stem Cell Institute of America et des sociétés associées. Ils avaient commercialisé auprès de patients des traitements à base de cellules souches en leur attribuant des effets thérapeutiques non démontrés.
Entre ces cas et la recherche sérieuse s’étend surtout une vaste zone grise. Rapamycine utilisée hors indication, peptides expérimentaux, injections de NAD+, ozonothérapie ou tests d’«âge biologique». Certaines pistes font réellement l’objet de travaux scientifiques, mais les preuves disponibles sont souvent bien moins avancées que ne le laisse entendre leur commercialisation. Concernant la rapamycine, par exemple, les données humaines restent encore insuffisantes pour démontrer qu’elle retarde le vieillissement chez des adultes en bonne santé.
Le défi du secteur est là: faire le tri entre ce qui relève de la prévention, de l’innovation médicale encore expérimentale et du simple habillage marketing. Un tri d’autant plus nécessaire que les capitaux, eux, ont déjà commencé à affluer.


Pas de peptides farfelus, mais des ambitions bien réelles

À Gstaad, le luxe fait partie du décor. Mais pour les 140 investisseurs, scientifiques et entrepreneurs réunis du 14 au 17 septembre à la septième Longevity Investors Conference, l’enjeu était ailleurs. Ils étaient là pour identifier les meilleures pistes susceptibles de transformer la longévité en véritable secteur d’investissement.
Marc P. Bernegger, entrepreneur suisse actif dans la technologie et cofondateur de Longevity Investors, assume le caractère très sélectif de l’événement. Ici, pas question de séduire avec le seul décorum.
«Nos invités connaissent le caviar et le champagne haut de gamme; on ne peut donc pas les impressionner en leur proposant une énième bouteille hors de prix», sourit-il.
Certaines rencontres ont ainsi quitté les salles de conférence traditionnelles pour des lieux plus inattendus, comme le Gstaad Yacht Club. L’événement fonctionne sur candidature et les organisateurs annoncent un taux d’acceptation d’environ 20%. Institutionnels, family offices, fonds et investisseurs privés côtoient chercheurs et entrepreneurs, avec une ambition revendiquée: faire se rencontrer capital et science.
Bases scientifiques solides
Basé à Zurich et passionné par les technologies émergentes, Marc P. Bernegger sait que la longévité est un secteur d’investissement de niche. Rien de comparable, pour l’heure, avec l’intelligence artificielle, devenue un puissant aimant à capitaux.

Il observe néanmoins une évolution. Cette année, Philipp Gut, responsable de la santé adulte chez Nestlé Research, figurait par exemple parmi les intervenants, aux côtés de représentants de sociétés spécialisées dans les compléments alimentaires et la santé préventive. Mais le fondateur pose une limite: «Nous ne voulons pas devenir la Wellness Investors Conference.» Face au nombre croissant de candidats et de projets, les organisateurs disent privilégier les recherches et les entreprises dont les ambitions reposent sur des bases scientifiques suffisamment solides.
La liste des intervenants donne la mesure des ambitions. Nir Barzilai, directeur de l’Institute for Aging Research de l’Albert Einstein College of Medicine, comptait parmi les invités, tout comme Steve Horvath, chercheur chez Altos Labs, connu notamment pour ses travaux sur les horloges épigénétiques du vieillissement. Deux figures très visibles de la recherche contemporaine sur la longévité.
Certaines interventions auraient pu sembler relever de la science-fiction il y a quelques années. L’une des sessions était justement consacrée aux paris les plus audacieux susceptibles de passer de la spéculation à la réalité scientifique. L’espace en fournit un exemple. Les conditions de microgravité permettent d’étudier autrement certains processus biologiques et d’explorer de nouvelles méthodes de recherche pharmaceutique.
Yossi Yamin, dirigeant de SpacePharma, faisait partie des intervenants. Son entreprise développe des laboratoires miniaturisés et automatisés destinés à mener des expériences en microgravité. D’autres travaux portent sur la médecine régénérative, la réparation des tissus ou les mécanismes biologiques du vieillissement. La frontière entre recherche ambitieuse et promesse excessive reste toutefois étroite. C’est précisément ce que les organisateurs veulent mettre en avant: des pistes parfois futuristes, dont la crédibilité scientifique doit pouvoir être discutée.
Les offres médicales consacrées à la longévité commencent elles aussi à se structurer. Plusieurs responsables de cliniques et de réseaux spécialisés étaient présents à Gstaad, signe que la recherche et l’investissement cherchent désormais aussi leur traduction dans la pratique.

HSBC: un intérêt croissant des clients
Pour cette septième édition, HSBC fait son apparition comme partenaire stratégique de la manifestation. Esty Dwek, la responsable des conseils en investissements pour la zone Europe-Moyen-Orient et Afrique de la banque en Suisse, a participé à une table ronde à Gstaad. «HSBC s’intéresse à ce sujet car nos clients manifestent eux-mêmes un vif intérêt pour les enjeux liés à la longévité», relève-t-elle.
Le changement démographique en cours aura en effet des conséquences importantes sur l’allocation des actifs. Pas seulement en matière d’épargne-retraite: les plus de 60 ans qui vivent plus longtemps et souvent en meilleure santé expriment également de nouveaux besoins. «Aujourd’hui, en moyenne, on vit plus longtemps et mieux. Les chefs d’entreprise adoptent une vision différente et sont souvent désireux de rester aux commandes bien après l’âge légal de la retraite. Les envies de loisirs liés à la santé et au bien-être se renforcent», observe Esty Dwek. Avec des répercussions très concrètes: «On voit clairement une évolution dans la construction des portefeuilles d’actifs.»
La conférence de Gstaad a offert une proximité qui a permis à la banque de mieux comprendre les secteurs liés à la tendance de la longévité, notamment les biotechnologies, la santé, la robotique et les loisirs. «Cela nous permet de mieux guider et d’accompagner nos clients dans leurs investissements», conclut Esty Dwek. Autre signal encourageant à ses yeux: l’intérêt de jeunes investisseurs pour les sujets liés à la longévité, qui confirme qu’il ne s’agit pas uniquement d’une préoccupation liée au vieillissement, mais bien d’une tendance de fond.


Clinique Nfinity Swiss: une approche différente

Dans un appartement élégant, la clinique Nfinity Swiss a ouvert ses portes le 24 septembre. Elle y accueille ses clients, soucieux de prendre leur santé en main grâce à un accompagnement sur mesure. Afin de se différencier dans un univers de la longévité déjà encombré, la clinique, qui a ouvert ses portes le 24 septembre, entend proposer une approche différente. L’ex-banquier genevois Nicolas Gonet, qui rêvait autrefois d’une carrière de médecin, mais qui a longtemps été aux commandes de la banque familiale, concrétise son projet d’alors en devenant le fondateur et administrateur de la clinique. Avec Frédéric Briguet, directeur général, il s’est entouré d’une équipe pluridisciplinaire comptant plusieurs spécialistes de la santé reconnus de la place genevoise. Le décor participe lui aussi au positionnement. Dans cet appartement situé au coeur de Genève, pas de réception traditionnelle: tout est conçu pour faire oublier l’univers médical et mettre le visiteur à l’aise, même si les exigences réglementaires propres à une clinique restent bien entendu respectées.
Sur le fond, Nfinity Swiss défend surtout une approche proactive de la santé. L’ambition? Aider à vivre plus longtemps, mais, surtout, rester en bonne santé jusqu’à un âge très avancé.
Le protocole débute par un bilan qui s’étend sur près d’un mois, afin de mieux cerner la préparation d’une compétition sportive, à ceci près que la victoire se joue ici face à ses propres facteurs de risque.
L’accompagnement se poursuit sur plusieurs mois. L’approche de Nfinity repose sur cinq axes: neurologique, psychologique, esthétique, mode de vie et hormonal, avec l’objectif de prévenir ou de ralentir la progression de certaines maladies chroniques. «Les bonnes habitudes à prendre pour préserver notre santé sont en général connues, mais il reste difficile de s’y tenir sans accompagnement. C’est pourquoi nous mettons l’accent sur le suivi, mais sans jugement en cas de défaillance», souligne l’un des membres de l’équipe médicale.


Tenter d’arrêter le temps
«Nous accordons une attention toute particulière aux femmes, notamment avant, pendant ou après la ménopause», précise Nathalie Favre, spécialiste FMH en médecine interne générale, spécialisée notamment en santé de la femme et en médecine fonctionnelle.
La palette des prestations comprend aussi des interventions esthétiques ou régénératives. Alexandre Cheretakis, chirurgien plasticien et conseiller clinique de Nfinity Swiss, a ainsi présenté les possibilités offertes par l’utilisation de cellules souches dans certaines indications.
Genève se dote ainsi d’une nouvelle adresse dans le domaine de la médecine de la longévité, destinée à des clients prêts à investir au moins 4000 francs par mois pour tenter, sinon d’arrêter le temps, du moins de mieux vieillir.

 

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