Plus de charges, même rémunération: les physios protestent
Le tarif actuel incite à rogner la durée des séances
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Pierre Cormon
Publié vendredi 10 juillet 2026
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#santé
Le revenu des physiothérapeutes suisses est érodé par la hausse des charges. Ils demandent une revalorisation de leurs prestations, à travers une pétition.
Alors que les Suisses font de plus en plus recours à la physiothérapie, le revenu des physiothérapeutes ne cesse de baisser. Lorsqu’ils pratiquent à la charge de l’assurance obligatoire des soins (LAMal), ils sont rémunérés selon un système de points, mis en place à la fin des années nonante. Les valeurs définies à l’époque n’ont pas suivi la hausse des coûts, estimée à 30% par l’association faîtière Physioswiss, sur la base de plusieurs études. Chaque heure de travail au titre de la LAMal rapporte donc moins.
Le point constitue la base de calcul de la rémunération. Un traitement simple équivaut à 48 points et un traitement complexe à 77 points, selon le tarif en vigueur dans toute la Suisse. La valeur de ce point est ensuite fixée dans chaque canton, pour tenir compte des différences de coût. Il doit couvrir le revenu des physiothérapeutes, mais également leurs charges – qui varient fortement, notamment selon le type de cabinet et sa localisation,
Critiques
Ce système suscite de nombreuses critiques. «Qu’une séance dure 10 ou 40 minutes, elle est rémunérée de la même manière», relève Mathilde Mangin, présidente de Physioswiss Genève. Un traitement simple de quarante minutes vaut ainsi 51,35 francs (soit 77 francs de l’heure), un traitement complexe de dix minutes 82,40 francs (soit 494 francs de l’heure).
Quant aux déplacements pour aller traiter des patients à domicile, ils sont indemnisés sur une base forfaitaire. «Ils valent trente-sept francs, que le patient habite le même immeuble ou l’autre bout du canton», remarque Mathilde Mangin.
Cerise sur le gâteau: le temps passé à remplir des tâches administratives ou à se coordonner avec d’autres acteurs du domaine de la santé (confrères, médecins, caisses-maladie…) n’est pas rémunéré. Or, il a tendance à augmenter. «15% des prestations fournies en physiothérapie ne peuvent pas être facturées, en raison de la structure tarifaire obsolète», relève Chantal Matthys, porte-parole de Physioswiss.
Adaptations
Les physiothérapeutes ont pu s’adapter, jusqu’à un certain point. Nombre d’entre eux se sont regroupés, ce qui leur permet de mutualiser les coûts. De nombreux cabinets proposent des prestations hors du cadre de l’assurance-maladie, comme des cours ou des conseils. Et certains peuvent être tentés de rogner sur la durée des séances, puisqu’ils sont rémunérés de la même manière que la prestation dure vingt ou trente minutes.
Voilà donc longtemps que Physioswiss demande l’adoption d’un tarif plus adapté, tenant compte du temps passé avec le patient. Après des années de négociations avec les caisses-maladie, un modèle a été présenté à la Confédération et devrait entrer en vigueur au 1er janvier 2027. Il rémunère les prestations de manière plus précise que le tarif actuel. Il tient notamment compte du temps passé avec le patient, défraie les déplacements selon la distance et rémunère le travail administratif et de coordination. «Ce sera beaucoup plus transparent pour le patient», estime Mathilde Mangin.
En revanche, il est plus complexe et difficile à manier, ce qui suscite des malentendus et des résistances. Une nouvelle association s’est créée autour de physiothérapeutes qui le refusent.
Gagnants et perdants
De fait, comme tout changement, celui-ci entraînera des gagnants et des perdants. Parmi les gagnants, les physiothérapeutes qui privilégient les traitements longs et ceux qui font des trajets substantiels pour traiter de patients à domicile.
Parmi les perdants, ceux qui enchaînent les traitements courts ou les traitements à domicile dans un périmètre très restreint. Les simulations montrent cependant que, globalement, les coûts à charge de l’assurance-maladie resteront égaux (à valeur du point égale), ce qui constituait un prérequis. Les gains des uns seront compensés par les pertes des autres.
Erosion
Si ce tarif permet de rémunérer les physiothérapeutes sur une base qui reflète mieux leur pratique, il ne règle pas la question de leur revenu. Celui-ci s’érode progressivement avec la hausse des charges – 30% depuis 1997, selon les modèles utilisés lors des négociations avec les caisses-maladie.
La seule manière de régler le problème serait de revaloriser le point. Or, «plusieurs cantons appliquent toujours la valeur d'origine de 1997, et là où des adaptations ont eu lieu, elles sont restées ponctuelles et très en deçà de l'évolution des coûts», déplore Chantal Matthys.
Genève n’a par exemple connu qu’une seule revalorisation. «Le point a d’abord été fixé à 0,99 francs, puis a été augmenté à 1,07 francs au milieu des années 2010», précise Denis Grin, «mémoire» de la profession à Genève, qui est à son compte depuis 1994.
Révision
Réviser la valeur du point devrait idéalement être fait d’entente entre les caisses-maladie et les représentants des physiothérapeutes. Les négociations ayant échoué, Physioswiss a demandé aux différents cantons de trancher, pour la valeur à appliquer sur leur territoire.
Elle a lancé une campagne pour appuyer ses revendications - sous le titre «Soigner à 100%. Rémunéré à 70%. Vous trouvez ça juste?» Des pétitions ont été lancées dans tous les cantons, que les physiothérapeutes appellent tout un chacun à signer. Objectif: obtenir une revalorisation substantielle du point. A Genève, l’organisation demande qu’elle passe de 1.07 à 1.48 CHF. La balle est maintenant dans le camp des cantons.
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