"Je passe la moitié de mon temps derrière un écran"
Steven Kakon
Publié vendredi 16 janvier 2026
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#Médecine
Médecins: inflation de justificatifs divers
Le quotidien de la doctoresse Isabelle Coin illustre une évolution qui interroge: la paperasse grignote le cœur du métier médical.
Pour les cas complexes polymorbides dont elle s’occupe – gériatrie, soins palliatifs, handicap –, elle consacre de 60% à 70% de son temps à des tâches administratives, contre 40% à 50% pour ses collègues. «Je passe plus de la moitié de mon temps derrière un écran», résume la spécialiste en médecine interne générale à Genève, qui n’a pas d’assistant.
Chaque décision doit être justifiée, chaque geste tracé. «Avant, j’appelais l’infirmière qui modifiait directement les documents avant de me les renvoyer pour signature. Aujourd’hui, il faut envoyer un ordre de modification écrit, ou ordre médico-délégué, puis signer le document, un plan de traitement. J'ai l'impression de faire deux fois le travail. Autre exemple: les assurances réclament maintenant systématiquement un justificatif au-delà des trente-six séances de physiothérapie remboursées par année. Dans mon cas, j'ai dû justifier par écrit un dépassement de deux séances. Je me demande s'il n'y a pas des alertes automatiques qui génèrent les documents qui partent de suite vers les médecins traitants. Les prestataires, eux, multiplient les demandes pour se couvrir. Résultat: une inflation de justificatifs certes dictée par la loi, mais qui laisse toujours moins de temps avec le patient.
Pourquoi cette spirale malgré les discours sur la simplification? «Une attitude sécuritaire généralisée», constate la médecin. Et des procédures chronophages. «Lorsque je reçois une demande par e-mail, je dois imprimer le document, le remplir, le scanner et le renvoyer.» D’où, selon elle, la réforme prioritaire qui serait de «pouvoir signer électroniquement avec les prestataires».
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