Quand l’agriculteur se mue en allié des abeilles

La survie des abeilles est indispensable à la survie des populations humaines.
La survie des abeilles est indispensable à la survie des populations humaines.
Flavia Giovannelli
Publié mardi 03 mars 2026
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#Biodiversité Un projet met en évidence le lien entre pollinisation et bonnes pratiques.

Un monde sans abeilles ne relève pas seulement d’un scénario écologique alarmiste. Il touche directement à notre sécurité alimentaire, à l’économie agricole et, à terme, à notre propre survie.

Lancé il y a six ans par la Fondation rurale interjurassienne, le projet Agriculture et pollinisateurs vise à promouvoir des pratiques agricoles favorables aux abeilles, sauvages comme domestiques. De premiers résultats, encourageants, ont été observés dès les premiers exercices. Afin de faire le point en profondeur, un séminaire scientifique, organisé à Courtemelon (JU), a permis de dresser un état des lieux actualisé des enjeux.

«Cette étude met en évidence des résultats particulièrement positifs grâce à des mesures relativement simples: la fauche sans éclateur ou le maintien de 10% de surface non fauchée dans les prairies ont montré des effets bénéfiques pour les pollinisateurs», résume Julie Hernandez, docteure en biologie à la Fondation rurale interjurassienne. «En revanche, l’utilisation de couverts végétaux est plus complexe à mettre en place et nécessite un accompagnement agronomique.» La clé du succès réside dans l’implication de l’ensemble des acteurs. Sans les agriculteurs, aucune mesure ne peut produire d’effet à grande échelle. Et ceux-ci y trouvent aussi leur intérêt: des pollinisateurs en bonne santé améliorent les rendements, la qualité des cultures et la résilience des systèmes agricoles. Les pratiques agro-responsables deviennent ainsi un investissement dans la durabilité des exploitations.

Concrètement, l’extension de dix hectares de prairies intégrant ces trois mesures (fauche sans éclateur, maintien de 10% de surface non fauchée autour des ruchers et couverts végétaux) pourrait générer un gain de mille à trois mille cellules de couvain par colonie. De quoi favoriser un développement plus robuste et enclencher un cercle vertueux: de 5% à 15% d’ouvrières supplémentaires en octobre permettent aux colonies de mieux aborder l’hiver, avec une survie accrue au printemps. Parallèlement, cette approche assure la production d’un fourrage de qualité grâce à un intervalle optimal de six semaines entre les fauches, sans perte d’autonomie fourragère.

Pas encore gagné

La santé des abeilles et des pollinisateurs demeure un enjeu majeur, en Suisse comme à l’international. Les connaissances progressent, mais les pressions - climatiques, sanitaires et liées à la disponibilité des ressources florales - persistent. La priorité consiste à poursuivre une action coordonnée: renforcer la recherche, accompagner les agriculteurs dans l’évolution de leurs pratiques et maintenir un dialogue étroit entre science, terrain et décideurs.

Les chercheurs confirment l’efficacité de ces approches collaboratives, même lorsqu’elles sont appliquées sur quelques mois seulement. Elles constituent une forme d’assurance face aux pénuries de ressources florales, malgré les effets du changement climatique.

La variabilité des conditions d’une année à l’autre reste néanmoins une préoccupation majeure pour les apiculteurs. Avec le recul, les partenaires du projet soulignent la nécessité d’adapter continuellement les pratiques et de consolider les échanges. Fort du succès de cette première phase, une nouvelle rencontre est envisagée en 2026 ou 2027 afin de poursuivre les travaux et de renforcer les collaborations scientifiques et professionnelles.

Dans cette dynamique, un nouveau projet consacré aux pollinisateurs est en préparation au sein de la Fondation rurale interjurassienne, pour prolonger et amplifier les actions engagées.

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