La ville brésilienne de Congonhas est entourée de barrages miniers.
Pierre Cormon/ER
Pierre Cormon
Publié vendredi 13 février 2026
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#Brésil
: Le dérèglement climatique entraîne des précipitations extrêmes qui font déborder des barrages miniers, et peuvent même augmenter le risque qu'ils se rompent.
La nouvelle est tombée le 25 janvier, alors que la petite ville brésilienne de Brumadinho s’apprêtait à commémorer la rupture d’un barrage minier qui avait causé deux cent septante et un morts en 2019 (lire ci-dessous). La nuit précédant la cérémonie, un autre barrage minier a débordé à une septantaine de kilomètres de là, à la mine Fábrica. Douze heures plus tard, c’était au tour d’un talus de la mine voisine de Viga de s’affaisser dans des réservoirs temporaires, les faisant déborder. Les incidents ont causé des dégâts matériels et environnementaux, mais pas de victime humaine. Seule de l’eau boueuse a débordé, assure l’entreprise Vale, qui exploite les deux sites. La municipalité de Congonhas, touchée par ces débordements, a pour sa part relevé des signes d’une pollution plus sérieuse. Cette succession d’événements met en évidence deux phénomènes méconnus. Premièrement, les barrages miniers constituent une menace pour l’environnement. Deuxièmement, le dérèglement climatique les pousse de plus en plus souvent à leur limite. Tant le débordement de Fábrica que celui de Viga ont eu lieu à la suite de pluies très intenses, qui dépassaient les scénarios pris en compte. Eau boueuse Mais que sont les barrages miniers? Pour séparer le métal du minerai dans lesquels ils sont prisonniers, les compagnies minières leur font subir des traitements. Le plus répandu consiste à réduire la roche en poudre et à séparer ses éléments dans de grandes piscines à l’aide d’additifs. Il engendre de gigantesques volumes d’eau boueuse, parfois très polluée, parfois beaucoup moins. On stocke cette eau dans des barrages miniers. Or, ils subissent régulièrement des débordements ou des ruptures, et pas qu’à l‘autre bout du monde. En Andalousie, une zone de taille comparable à celle de la Ville de Genève reste par exemple hautement polluée à cause de la rupture du barrage de la mine d’Aznalcollar, en 1998. études de risque Pour avoir l’autorisation d’exploiter un site, les compagnies doivent présenter des études évaluant les différents risques, comme celui de débordement ou de rupture. Problème: le dérèglement climatique rend les événements climatiques extrêmes plus fréquents et plus marqués. Les scénarios établis il y a des années n’en tiennent pas forcément compte. C’est ce qui s’est passé dans les mines qui viennent de déborder. Alors que la région connaît en moyenne trois cents millimètres de pluie durant le mois de janvier, il en est tombé deux cent quatre-vingts en trois ou quatre jours. «Le plan pluie n’a pas été suffisant à ces deux endroits pour absorber toute cette eau», a commenté l’un des vice-présidents de Vale. Ces épisodes ne sont plus exceptionnels. En 2020, l’équivalent d’un mois de précipitations a par exemple été enregistré en trois jours à Belo Horizonte. En 2022, trois cent cinquante kilomètres plus au sud, deux cent soixante millimètres de pluie sont tombés en six heures à Petrópolis, soit environ un quart de ce qui tombe à Genève en une année. Les inondations et les glissements de terrain qui ont suivi ont provoqué deux cent quarante-et-un morts. Ces précipitations extrêmes peuvent provoquer des débordements de barrages. Dans certains cas, elles augmentent aussi le risque que toute la structure cède. C’est l’un des facteurs qui a été cité comme cause probable de la catastrophe de Brumadinho (lire l’encadré). Mesures Le Brésil a pris des mesures pour sécuriser ses barrages miniers. Il a notamment interdit la construction des digues orientées amont, le type de structures considéré comme le plus dangereux. L’industrie minière privilégie maintenant des procédés consistant à sécher immédiatement les résidus sans qu’on ait besoin de construire des barrages. Les régions minières doivent cependant gérer un énorme passif d’exploitations minières «à l’ancienne». C’est notamment le cas dans l’Etat de Minas Gerais, cœur minier du Brésil, dans lesquels se situent Brumadinho et les deux structures ayant récemment débordé. Trente-et-un barrages y présentent un risque de rupture, estimait un rapport de 2024, dont trois du plus haut niveau, qui nécessite une surveillance pointue. «Toute l’infrastructure complexe de l’exploitation minière, y compris les fosses, les digues et les bassins de décantation, représente une menace constante», commente l’Association brésilienne des municipalités minières. Entourée Congonhas, qui abrite un complexe religieux classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est particulièrement exposée. La petite ville est entourée de barrages miniers dont l’un surplombe un quartier excentré. Il serait très rapidement touché en cas de rupture, et la vague pourrait continuer son chemin vers le centre. En ville, des panneaux indiquent la direction dans laquelle il faut s’échapper en cas d’alerte et des exercices d’évacuation sont organisés régulièrement par la commune. «Ceux qui habitent sous le barrage vivent dans la peur», nous confiait un habitant en août 2025. Chaque épisode de pluie intense renforce ce sentiment.
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