Faut-il imposer la transparence salariale aux entreprises suisses?
Afficher son salaire?
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Steven Kakon
Publié jeudi 26 février 2026
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#Rémunération
Une nouvelle directive européenne impose l’affichage des salaires, un tournant qui pourrait pousser les entreprises suisses à revoir leurs pratiques malgré l’absence d’obligation légale.
Les entreprises européennes de plus de cent salariés devront afficher et justifier les salaires des collaborateurs. C’est ce qu’impose la nouvelle directive européenne sur la transparence salariale que les Etats membres doivent transposer d’ici au 7 juin prochain (lire dans Entreprise romande du 13 février).
En Suisse, les employeurs ne sont légalement pas obligés de rendre les salaires. La nouvelle législation européenne pourrait pousser les entreprises à adapter leurs pratiques. «Beaucoup d’entreprises recrutent à l’international, y compris des frontaliers, habitués à ce type de règles», expliquait Alain Salamin, expert en ressources humaines du Bureau fédéral de l’égalité sur les ondes de la Matinale (RTS) le 27 janvier. Les CFF et La Poste publient de leur propre initiative les fourchettes salariales directement dans leurs annonces d’emploi, révélaient les journaux de Tamedia en septembre dernier. Des PME communiquent aussi les salaires dans leurs offres, mais, pour l’heure, la grande majorité des sociétés taisent cette information.
La transparence demeure ainsi laissée au bon vouloir des entreprises, les tentatives politiques pour adopter des mesures contraignantes en matière de lutte contre la discrimination salariale ayant jusqu’ici échoué. Dans une prise de position en ligne, en 2024, Travail.Suisse, l’organisation indépendante des travailleurs, saluait l’évolution de la règlementation européenne sur la transparence des salaires et appellait la Suisse à s’aligner sur celle-ci pour «combler les lacunes actuelles du droit suisse» en la matière.
«Intrusion»
La nouvelle directive pourrait influencer d’éventuelles évolutions législatives pour plus de transparence. Comment est-elle perçue à l’Union patronale suisse (UPS)? «Avant d’envisager de modifier les règles en vigueur pour les entreprises de cent employés ou plus, nous préférons attendre l’évaluation du Conseil fédéral sur l’application de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, au printemps 2026», répond Marco Taddei, responsable de l’antenne romande de l’UPS. Scepticisme En attendant, il se montre sceptique. «Nous nous opposons à ce genre de nouvelles obligations qui vont à l’encontre de notre marché du travail libéral régi par des conventions collectives.» Selon lui, «il s’agit d’une intrusion dans le mode de fonctionnement des entreprises qui impose une charge administrative aux employeurs et ne tient pas compte des différences sectorielles». Et de conclure que «certains employés eux-mêmes s’opposent à la transparence, considérant le salaire comme relevant de la sphère privée et craignant un risque accru de tensions entre collègues».
Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes
Rappelons que les entreprises de plus de cent salariés sont soumises à la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes (LEg) qui impose de réaliser une analyse de l’égalité salariale entre femmes et hommes. Toutefois, aucune sanction n’est prévue si des écarts sont constatés, ce qui expliquerait un taux élevé d’infractions à la loi. Dans une évaluation intermédiaire rendue publique le 7 mars 2025, il a été révélé que plus de la moitié des entreprises sondées ne respectaient pas la loi à l’une ou l’autre des trois étapes prévues (analyse des salaires, vérification de l’analyse par un tiers autorisé et communication des résultats au personnel).
«Nous en avons pris acte», commente Marco Taddei, responsable de l’antenne romande de l’Union patronale suisse (UPS). Rappelant que la loi doit être respectée, il nuance ces conclusions. «Selon les échos que nous avons à l’UPS, c’est surtout au niveau de la communication, la troisième étape, que les manquements sont les plus fréquents. Souvent, les entreprises effectuent l’analyse et consignent les résultats dans leur rapport annuel.» Il souligne toutefois que ce bilan intermédiaire ne mesure pas l’impact réel de la LEg sur les inégalités salariales: «il faut attendre le rapport final pour disposer de cette information».
Travail.Suisse critique cette absence de sanctions et demande au parlement d’éliminer sans tarder les lacunes criantes de la loi. Faut-il punir les entreprises qui ne respectent pas la LEg, comme le prône l’organisation? «L’UPS ne souhaite pas modifier les règles en cours de jeu», répond Marco Taddei. «À la lumière des résultats que présentera le Conseil fédéral, nous indiquerons s’il est nécessaire ou non de modifier la LEg».
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