Jeu, set et reconversion

Timea Bacsinszky a remporté quatre titres WTA en simple, atteint le Top 10 mondial en 2016 et décroché la médaille d’argent en double aux Jeux olympiques de Rio,  aux côtés de Martina Hingis.
Timea Bacsinszky a remporté quatre titres WTA en simple, atteint le Top 10 mondial en 2016 et décroché la médaille d’argent en double aux Jeux olympiques de Rio, aux côtés de Martina Hingis. David Serkin
Flavia Giovannelli
Publié mardi 18 août 2026
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#Transition Portés par l’idéal d’une vie hors normes, les joueurs de tennis doivent aussi faire face aux défis de l’après-carrière.

Cet automne, Stan Wawrinka raccrochera définitivement sa raquette. Et la suite? Entreprise romande a appris que le Vaudois aurait investi dans le club de sport chic et exclusif, L’Usine Sports Club, basé à Genève. Stan The Man, qui compte déjà plusieurs solides expériences d’entrepreneur, attend sans doute d’avoir livré ses ultimes batailles au filet pour en dire plus. Derrière les victoires, les voyages et les courts du monde entier, une réalité s’impose pourtant à tous les joueurs professionnels: la durée d’une carrière est faite d’incertitudes. Elle exige un engagement total dès le plus jeune âge, sans garantir ni la réussite ni la sécurité financière. Tôt ou tard se pose donc la question de l’après. Après la «bulle» de la compétition, il faut transformer une expérience hors norme en nouvelle trajectoire professionnelle — et parfois reconstruire une part de son identité. Rester dans le même univers peut être tentant. C’est le choix de Timea Bacsinszky, mais aussi de Marc Rosset, consultant et figure incontournable du tennis suisse. La connaissance du circuit constitue également un atout pour les partenaires historiques de ce sport. Rolex a ainsi recruté Arnaud Boetsch, aujourd’hui directeur de la communication, tandis qu’Antoine Bellier a rejoint son département sponsoring après avoir longtemps compté parmi les espoirs du tennis suisse. Ancien numéro 8 suisse, le Vaudois Joss Espasandin s’est, pour sa part, lancé dans l’entrepreneuriat en fondant Ace Electroménager. Son entreprise affiche une croissance de 400% depuis 2020. Ces trajectoires interrogent. Le tennis de haut niveau développe-t-il des compétences particulièrement recherchées dans le monde économique? Discipline, autonomie, capacité d’adaptation, goût du risque... autant de qualités que plusieurs de ces anciens joueurs mobilisent aujourd’hui dans leur deuxième carrière. Soutenir la reconversion À Bienne, Swiss Tennis a fait de la préparation de l’après- carrière un volet à part entière de son accompagnement. La fédération suisse a même été précurseure dans le soutien à la formation et à l’insertion professionnelle. «Chez Swiss Tennis, nous attachons une grande importance au développement de nos athlètes, bien au-delà de leur progression sur le court. Dès les catégories de relève, nous veillons à ce que la formation scolaire reste une priorité. Nous encourageons les jeunes à obtenir un diplôme et nous les accompagnons dans la conciliation entre sport de performance et études. Même Roger Federer a suivi le programme tennis-études à Ecublens», rappelle Sandra Pérez, responsable de la communication et du marketing. Au fil des années, la fédération a consolidé son approche: soutien scolaire individualisé, en collaboration avec des partenaires spécialisés tels que Beyond Sports. «Après leur carrière sportive, nous accompagnons aussi ceux qui souhaitent poursuivre une activité dans le tennis par des formations continues certifiantes pour qu’ils puissent devenir entraîneurs ou coachs. Selon nos possibilités, nous leur proposons aussi d’intégrer les délégations de nos équipes de relève aux côtés de professionnels expérimentés», explique Sandra Pérez. Michael Lammer, ancien joueur professionnel, a débuté chez Swiss Tennis dans la relève et occupe aujourd’hui le poste de Head Coach. D’ailleurs, il arrive souvent qu’après quelques années d’indépendance, les anciens joueurs reviennent faire un tour à la Fédération. «Ils viennent voir notre évolution et partager leurs expériences», conclut Sandra Pérez.

« Je n’exclus pas une troisième carrière »

La meilleure joueuse de tennis romande a quitté les courts professionnels en 2021. Mais elle n’a pas rangé sa raquette pour autant: elle est directrice sportive du tournoi WTA de Montreux, vient de rejoindre le comité central de Swiss Tennis, tout en menant de front ses activités d’encadrement sportif. Elle se confie sur sa reconversion réussie.

Une sportive de haut niveau cache-t-elle en réalité une âme d’entrepreneuse?
Oui, car en tant qu’athlète professionnelle, vous êtes au centre d’une petite équipe, dont vous choisissez les membres, que vous payez et qui vous entourent. Tout d’abord, il faut établir clairement ses objectifs et planifier son année pour arriver au pic de sa forme au moment crucial. Parallèlement, il faut traiter les questions financières, constituer son équipe de préparation, choisir ses partenaires. Finalement, on dirige une petite PME. Le tout en voyageant près de dix mois par année au rythme du calendrier WTA.

Quelles sont les qualités qu’une ancienne joueuse a développées et qui sont utiles dans le monde du travail de tous les jours?
L’adaptabilité — on peut réagir rapidement face aux changements, établir une nouvelle stratégie, on a appris à planifier et à programmer ses efforts en vue d’objectifs clairs. La résilience — dans mon cas, je pense avoir montré que j’en étais capable. Sur le plan de la formation, j’ai aussi appris à soutenir les jeunes, à les persuader qu’ils ne doivent pas écouter ceux qui veulent briser leurs rêves. Pourvu qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Enfin, pour citer une qualité «cachée», je mentionnerais la maîtrise des langues grâce à de multiples voyages.

Ces compétences sont-elles suffisamment reconnues par le monde économique ou faut-il encore apprendre à les mettre en valeur?
Le sport de haut niveau est une école de vie. Il pousse à développer certaines compétences à leur plus haut niveau. On ne lâche rien. En même temps, nous savons tous qu’une carrière sportive ne dure pas très longtemps. Nous sommes ainsi amenés très tôt à penser à notre transition. Je n’ai pas remarqué de malentendu vis-à-vis de mes partenaires professionnels, mais je pense qu’il serait possible de faciliter la poursuite des études grâce à des solutions souples.

La vie d’après, sans les expériences aussi variées que celles de la compétition, ça se passe comment?
Quand j’ai arrêté définitivement, je l’ai fait en pleine conscience. Pendant la période de la pandémie, j’avais envisagé plusieurs pistes, dont le coaching ou l’immobilier. J’ai passé mes diplômes pour pouvoir enseigner le tennis. J’ai commencé cette activité auprès d’une clientèle de luxe, ce qui m’a permis de retrouver la notion de plaisir et de partage. Et je savais que le rythme serait différent.

Vous aviez d’ailleurs déjà failli mettre un terme à votre carrière, juste avant de changer d’avis et d’obtenir vos résultats les plus impressionnants?
J’étais en train de faire un stage dans un grand hôtel de Villars et j’envisageais sérieusement d’abandonner ma carrière. Le service est une activité qui me plaît beaucoup : j’adore être au contact des gens, leur faire plaisir et relever des défis quotidiens. En 2013, pendant ce break, je ne bénéficiais plus de classement protégé qui m’aurait permis d’entrer dans le tableau de Roland-Garros. À la dernière minute, j’ai obtenu une invitation à la suite du désistement d’une joueuse. J’y ai vu un signe que je ne devais pas laisser passer cette opportunité. Mon employeur l’a compris et je suis partie à Paris. Rien n’était organisé. Je dormais chez un ami et j’ai même dû aller m’acheter une paire de chaussures de tennis! Mais cette décision m’a ensuite permis d’atteindre deux demi-finales dans mon tournoi de Grand Chelem préféré.

Le passage à un rythme moins intense a-t-il été difficile?
Je me sens plus sereine, moins ballotée d’une émotion à l’autre, comme c’était le cas dans la compétition à haut niveau, avec par essence des défaites à digérer, des déplacements incessants et une grande discipline de vie. Je parlerais désormais d’un choix de vie en accord avec qui je suis. Disons que je sais mieux poser mes limites. Mais pour y parvenir, j’ai fait un long travail sur moi (rires).

Et l’avenir, vous le voyez comment, à 37 ans?
Continuer d’apprendre, de savoir m’adapter et d’évoluer. Je n’exclus d’ailleurs absolument pas une troisième carrière.  

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