Laine recyclée et CO2 de la bière capté: deux innovations qui bouclent la boucle

Steven Kakon
Publié vendredi 22 mai 2026
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#Durabilité Primées au concours cantonal du développement durable, deux initiatives transforment des déchets négligés en ressources utiles et rentables.

Mettre fin au gaspillage de la laine!


Sur les 1000 tonnes de laine de mouton produites chaque année en Suisse, une grande partie finit jetée ou brûlée. Un non-sens écologique autant qu’économique que le projet Laine & Sens entend corriger.

Lauréat début mai du 25ème concours cantonal du développement durable, avec une bourse de 15 000 francs, l’initiative mise sur une approche innovante et circulaire pour relancer la filière. Porté par Jean-Christophe Minni, docteur en mécanique et ingénierie, co-fondateur et responsable R&D, aux côtés de Séverine Minni, co-fondatrice et responsable de la gestion de projet, Laine & Sens s’attaque à un maillon faible: le traitement de la laine brute, fraîchement tondue, aujourd’hui largement délaissé faute d’infrastructures adaptées. «Nous n’avons plus de laverie industrielle pour nettoyer la laine en Suisse d’où le besoin de recréer un centre de lavage dans l’air du temps», relève Jean-Christophe Minni.

Au coeur de l’innovation, un procédé de lavage à sec par vibration, qui rompt avec les techniques traditionnelles particulièrement gourmandes en ressources. «Les procédés actuels utilisent environ 20 litres d’eau par kilo de laine lavée, avec des détergents», expliquet-il. La solution développée par Laine & Sens s’en affranchit entièrement. «On y associe une stérilisation aux UV pour éradiquer les larves de mites et un traitement naturel à base de produits agricoles pour protéger la laine.»

Une fois traitée, la laine sera valorisée en matériaux biosourcés dans différents secteurs: l’isolation, le paillage, les géotextiles et les produits à base de lanoline. L’enjeu est de transformer un déchet en ressource à haute valeur ajoutée. «Les morceaux de laine non utilisables seront eux-mêmes valorisés en pellets de fertilisants», précise le co-fondateur.

Pour s’imposer sur le marché de la construction, un passage obligé demeure: la certification. «Nous attendons d’être certifiés selon les normes en vigueur dans le secteur pour pouvoir utiliser la laine comme isolant naturel». Ces validations sont menées en partenariat avec la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture, qui teste notamment la résistance aux mites et les performances du matériau. Une étape clé pour convaincre les professionnels du bâtiment, soumis à des exigences strictes. Laine & Sens ambitionne de passer à l’échelle industrielle. Les défis? «Il faut valider nos procédés pour en faire une ligne prototype. La phase industrielle nécessite des ressources financières importantes pour passer de quelques kilos à des tonnes», répond Jean-Christophe Minni.
 

Une bière qui capture son carbone


Recycler le CO2 de la bière pour réduire les émissions et les coûts, c’est le pari réussi de la start-up WasteOlas. Lauréate du prix cantonal du développement durable à la 25ème édition du concours, elle a reçu 10 000 francs pour son système Swiss made qui capte, purifie et recycle le dioxyde de carbone (CO2) issu de la fermentation de la bière, permettant aux brasseurs de le réutiliser directement dans leur production. 

Le dispositif est déjà opérationnel depuis 2026 chez Docteur Gab’s à Puidoux (VD), qui sert de projet pilote. Résultat: la brasserie couvre désormais une large part de ses besoins en CO2, tout en bénéficiant d’un suivi en temps réel des flux grâce à une plateforme de monitoring. «Les brasseurs connectent les échappements des cuves de fermentation et centralisent ainsi les flux vers la machine», explique Michael Peytrignet, fondateur et directeur de la SARL WasteOlas. «On peut piloter la compression du gaz, le filtrer et le remettre à disposition du brasseur.»

Au-delà de l’impact environnemental, l’avantage est aussi économique. «Le brasseur n’a plus besoin d’acheter le CO2», souligne l’ingénieur chimiste consacre ses vendredis à sa société en parallèle d’un emploi à l’Office de Promotion des Industries et des Technologies. Pour Docteur Gab’s, cela représente environ 50 000 francs d’économies par année, précise- t-il, tout en rappelant qu’il s’agit d’une brasserie à forte consommation. Le coût de la machine dépassant les 100 000 francs - et que l’entreprise souhaite abaisser autour des 60 000 francs - la solution de recyclage cible les brasseries de taille moyenne qui achètent beaucoup de CO2.

Fondée en 2022 après plusieurs années de réflexion, WasteOlas s’attaque à un défi longtemps jugé complexe. «Il y a dix ans, les technologies pour capter le CO2 étaient peu répandues», rappelle Michael Peytrignet. Le principal obstacle n’était pas tant le procédé que son adaptation. «Le dimensionnement de la machine est la principale difficulté technique.» Il a fallu concevoir un système «suffisamment flexible et agile pour s’intégrer dans les productions», notamment grâce au monitoring. Son objectif: «ouvrir les plans pour permettre de reproduire la machine et de bâtir une économie de services, où chaque fournisseur peut intervenir sur le système». Le rôle de Michael Peytrignet, avec son associé Miguel Viveros, serait d’en assurer l’orchestration, en identifiant et coordonnant les différents acteurs.

La start-up a pu débuter avec les 20 000 francs du prix IDDEA en 2021. Puis le consortium (Brasserie Dr. Gab’s, Alcane Conseils et WasteOlas) a été soutenu par un financement de 100 000 francs dans le cadre des projets collaboratifs pour réaliser cette installation pilote, dont le coût total s’élève à 350 000 francs. La start-up vise désormais la réplication de son modèle. «L’objectif aujourd’hui est de consolider le modèle d’affaires et de répliquer la machine», fait savoir Michael Peytrignet. A terme, WasteOlas entend élargir son champ d’action à d’autres secteurs bien plus polluants que la bière. 

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