Le chocolat suisse n'a pas fini de nous faire fondre

Le chocolat suisse se défend, malgré un contexte général peu favorable cette année.
Le chocolat suisse se défend, malgré un contexte général peu favorable cette année. DR
Flavia Giovannelli
Publié vendredi 03 juillet 2026
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#Industrie chocolatière Entre tradition, créativité et flambée du cacao, le chocolat suisse continue de séduire. À l'occasion des 125 ans de Chocosuisse, immersion dans les coulisses d'une spécialité nationale.

Derrière le plaisir d'un carré de chocolat se cache une industrie qui ne manque ni d'idées, ni de défis. Roger Wehrli, directeur de Chocosuisse depuis juin 2024, sait que la vie des chocolatiers n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre l’envolée des cours du cacao, une concurrence internationale toujours plus vive et un contexte économique agité, le chocolat suisse renforce son positionnement sur la qualité et le savoir-faire, aussi bien à travers ses produits premium que ses spécialités plus traditionnelles. La branche s’adapte toutefois en misant sur la qualité, l’innovation et la diversité des spécialités qui font sa réputation. Dans un marché mondialisé, il s’agit à la fois d’anticiper les menaces, de faire évoluer l’offre et de répondre aux attentes d’une clientèle qui demeure largement attachée à la tradition. 

Quel regard portez-vous sur l’industrie?
Quand la branche s’est associée avec la création de Chocosuisse, le 1er juillet 1901, l’idée était d’accompagner la croissance du secteur. Il s’agissait de garantir l’approvisionnement en matières premières et d’élaborer des règles communes. Aujourd’hui, la mission a évolué vers de nouveaux défis, comme l’aménagement de conditions cadre compétitives, la protection de l’indication de provenance, sans oublier les questions spécifiques aux employeurs: la formation professionnelle, le développement durable et l’accès aux marchés internationaux.

La situation, aujourd’hui, a-t-elle empiré?
Les cours du cacao atteignent des sommets depuis déjà deux ans. Cette hausse se répercute sur les coûts, alors que tous les éléments qui fondent le savoir-faire du chocolat suisse subissent également des pressions. Le franc fort n’aide pas. Les salaires ainsi que les matières premières locales, comme le lait et le beurre, sont nettement plus chers que chez nos concurrents, jusqu’à 250% de plus. S’y ajoute un contexte international peu propice à ce type d’achats plaisir. Or, les exportations représentent 70% de nos ventes.

Le cours du cacao va-t-il rester élevé?
Pour prendre une comparaison, disons qu’on le payait environ 2500 dollars la tonne il y a quelques années et qu’il atteint aujourd’hui près de 4000 dollars. De plus, c’est une matière première très volatile. La culture du cacao est difficile, fragile et réservée à certains pays proches de la zone équatoriale. Au Ghana, l’un des principaux pays producteurs, les investissements nécessaires n’ont pas suivi, ce qui s’est répercuté sur l’offre.


Le changement climatique joue-t-il un rôle?
Oui. Au-delà de ses effets négatifs, il favorise aussi l’émergence de nouvelles zones de production dont le climat devient progressivement compatible avec cette culture. Mais le cacao est une culture de long terme: il faut plusieurs années avant qu’un cacaoyer produise pleinement. Il ne faut donc pas attendre d’effets significatifs avant sept ou huit ans. Pour ma part, j’ai bon espoir que la situation se détende quelque peu.
Notre avenir passe par le renforcement de notre positionnement premium. Nous devons nous démarquer par la qualité et notre savoir-faire.


Que pensez-vous des modes, comme le Dubai Chocolate?
Le Dubai Chocolate est à l’origine en partie suisse. Il y a quelques années, nous exportions du chocolat vers les pays du Golfe, qui le transformaient ensuite en spécialité à la pistache. Le phénomène a ensuite pris de l’ampleur grâce aux influenceurs.


Et le chocolat matcha?
Cette nouvelle tendance vient plutôt de l’industrie agroalimentaire, qui travaille beaucoup cet arôme, notamment dans les thés ou les lattes. Le mouvement s’est ensuite étendu au chocolat.


Les clés pour la suite?
Continuer à nous soutenir entre acteurs de la branche. La protection du chocolat suisse est devenue un enjeu majeur. Aujourd’hui, les juristes de Chocosuisse travaillent sur près de 290 dossiers dans le monde afin de lutter contre l’utilisation abusive de l’indication de provenance «chocolat suisse»

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