Numérique: des formations prisées, mais peu de places

Ian Bonzon développe de nombreux projets personnels à côté de son apprentissage.
Ian Bonzon développe de nombreux projets personnels à côté de son apprentissage. CG/ER
Flavia Giovannelli
Publié lundi 22 juin 2026
Lien copié

#Formation Les formations liées au numérique attirent un nombre croissant de candidats. Mais le manque de places d'apprentissage freine le développement de ces nouveaux profils cherchés par les entreprises.

En août prochain, Yonis Abdullahi poursuivra son apprentissage au CHUV, à Lausanne. Un nouveau départ pour ce futur développeur en business numérique, qui a dû changer d'employeur en cours de route.  Médiamaticien: un métier hybride, à l'interface de la communication, du marketing et de l'informatique. Les places disponibles sont très rapidement saturées par d'excellents dossiers, tant l’engouement pour ces voies novatrices est fort.

Trois cents dossiers envoyés

Ce constat explique que le parcours de Yonis Abdullahi ait été à la fois un gymkhana et un marathon. Il a découvert ce métier chez 3Sheds, un centre de formation situé à Spark, où il a été engagé comme apprenti. Il a rapidement souhaité trouver une formule en mode dual, de façon à être mieux accompagné. Il a entrepris des démarches auprès d’entreprises qu’il avait identifiées comme employeurs potentiels, dont de gros acteurs privés genevois dans des secteurs divers tels que la santé, les transports, l’hôtellerie ou les commerces alimentaires.

Après 300 dossiers envoyés, il a enfin obtenu une réponse favorable. Selon lui, la méconnaissance de la profession de médiamaticien explique la difficulté à trouver une place de stage. «Le CHUV de Lausanne a été le premier à manifester son intérêt. J’ai finalement pu obtenir ma chance parmi 50 candidats qui postulaient aussi», relate Yonis Abdullahi. À quelques semaines près, il aurait pu commencer à l’Etat de Genève, mais il a préféré un employeur proposant des postes pour un CFC dans ce domaine depuis déjà 4 ans, et qui lui a donné sa chance. «Nous faisons beaucoup d’informatique, nous apprenons à coder, mais nous sommes davantage un couteau suisse, au cœur de la transformation numérique», résume le jeune homme, qui se réjouit d’avoir trouvé une voie à la fois porteuse et qui lui convienne.

Motivation

La reconnaissance semble d’ailleurs en marche, puisque ce métier fait depuis peu partie des métiers TIC (technologies de l’information et de la communication) en Suisse. Il bénéficie d'une meilleure lisibilité auprès des employeurs et des recruteurs. Certains apprentis qu’il a pu côtoyer lui ont fait part d’une motivation similaire, qui semble parfois juste un peu en avance par rapport au marché.

«J’apprécie que ce métier me permette de jouer un rôle charnière dans la transformation digitale de l’entreprise. Très vite, on m’a laissé de l’autonomie dans mes missions: je dois analyser les données et proposer des optimisations de processus», détaille Yonis Abdullahi.

Le généraliste du numérique

Autre parcours: à quatorze ans et demi, Ian Bonzon est arrivé à la FER Genève pour y suivre un apprentissage de médiamaticien. Une création de poste qui a convaincu les deux parties pour sa transversalité et sa souplesse. C’est ce qui a séduit Ian Bonzon.

À la différence du graphiste, le médiamaticien est formé comme un véritable généraliste du numérique, touchant aussi bien aux outils permettant de travailler sur l’identité visuelle que sur des aspects plus techniques comme le code. Ian Bonzon a ainsi mis en pratique, lors de sa formation duale, ces deux piliers de son futur métier, estimant que la description du cahier des charges lui a permis de travailler sur des missions conformes à ses attentes. Il lui reste encore un peu plus de deux ans avant d’obtenir son CFC. «Je verrai ce que je ferai par la suite», détaille Ian Bonzon, qui développe aussi de nombreux projets personnels - notamment en vidéo - à côté de sa formation initiale.

Passionné par l’audiovisuel depuis toujours, mais également de sport, il apprécie particulièrement de réunir ses compétences et ses centres d’intérêt.

«J’ai créé ma marque, IBCrea, qui me permet de commercialiser mes réalisations en design et en photographie.» À l'heure où l'intelligence artificielle et les outils numériques transforment les secteurs d'activité, les profils hybrides gagnent en importance. Les développeurs de business numérique profitent déjà d'excellentes perspectives dans un secteur confronté à une pénurie chronique de spécialistes.

Les médiamaticiens bénéficient eux aussi de nombreuses possibilités d'évolution vers des fonctions de communication, de gestion de produit ou de coordination de projets. Le système suisse offre en outre des passerelles appréciées. Avec une maturité professionnelle, les titulaires de ces deux CFC peuvent accéder directement à une Haute école spécialisée et poursuivre leur parcours vers un bachelor en informatique de gestion, en communication ou dans d'autres domaines liés au numérique. Reste un défi: créer davantage de places d'apprentissage afin de répondre à l'intérêt croissant des jeunes pour ces métiers d'avenir.

insérer code pub ici