Les deux photographes ont joui d’une grande liberté
Pierre Albouy
Pierre Cormon
Publié vendredi 26 juin 2026
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#G7
Dix jours après la fin du G7, un livre avec texte et photos sort déjà en librairie. Ses auteurs et son éditeur racontent les coulisses de l'opération
Alors que plusieurs mois séparent habituellement le moment où un auteur rend un manuscrit à son éditeur et celui où le livre est publié, dix jours après le G7 d’Evian-les-Bains, un ouvrage sur ses répercussions dans le canton de Genève sort en librairie. G7 et match comprend un texte de l’écrivain André Klopmann et des illustrations des photographes Magali Girardin et Pierre Albouy.
Comment une telle opération a-t-elle été réalisée aussi vite? Réponses des principaux acteurs.
1. L’idée
Une ouvrage similaire avait été publié en 2003, juste après le G8 d’Evian-les-Bains: G8, Genève rit jaune, paru aux Editions Slatkine. Quelques 15'000 exemplaires s’étaient vendus, alors que les livres publiés à plus de mille exemplaires en Suisse romande constituent l’exception. «L’ampleur du succès était un peu inattendue», raconte l’éditeur Ivan Slatkine (par ailleurs président de la FER Genève). «Le matin où il est sorti, le directeur de la FNAC m’a appelé pour me dire que ses exemplaires partaient tellement vite qu’il voulait acheter tout le tirage.»
L’idée du livre était venue à l’écrivain André Klopmann, en voyant la ville se couvrir de palissades. L’initiative est cette fois venue d’Ivan Slatkine. «Il m’a appelé en avril et m’a dit: «Je suis sûr que tu y penses», raconte l’écrivain. Les deux hommes sont tombés d’accord sur l’idée d’un livre plus fourni, avec davantage de texte.
2. La préparation
André Klopmann a immédiatement commencé à rédiger. «Il s’agit d’un récit qui devra encore être compréhensible dans quinze ou vingt ans», explique-t-il «Je devais donc donner des éléments de contexte.»
Les photographes indépendants Magali Girardin et Pierre Albouy ont rejoint le projet, en acceptant la condition qu’on leur avait posée: n’accepter aucun autre mandat pendant la durée du G7, afin de garder l’esprit aussi libre que l’agenda.
André Klopmann a repris son texte à d’innombrables reprises, le modifiant au fur et à mesure que de nouveaux éléments apparaissaient. «J’ai dû rouvrir mon ficher cinq ou six cent fois», relève-t-il.
Les Editions Slatkine, pour leur part, ont sondé les imprimeurs et en ont trouvé un prêt à tirer le livre en quelques jours. Les libraires ont également été approchés, alors que les sorties leur sont habituellement annoncées sur catalogue, plusieurs mois à l’avance.
3. L’événement
Les photographes sont entrés en jeu la semaine précédant le sommet (qui s’est tenu du 15 au 17 juin). «Nous avons commencé par des photos de palissades», raconte Magali Girargin. «Au début, elles semblaient un peu mortes. Mais à partir du moment où des tags sont apparus, elles ont commencé à raconter des histoires.»
Pendant une bonne semaine, les photographes ont arpenté le canton en multipliant les terrains de chasse: le centre-ville, les abords des douanes, le camping des manifestants, l’aéroport et son ballet diplomatique…
«Quand on travaille pour la presse, on n’a pas la liberté que nous avons eue dans le cadre de ce projet», raconte Pierre Albouy. «On accompagne un journaliste, on est focalisé sur l’événement, on envoie nos photos au fur et à mesure. Pour ce livre, nous allions et venions à notre guise, pouvions nous écarter du cœur de l’action…»
André Klopmann, pour sa part, s’est beaucoup promené, observant, discutant, s’imprégnant de l’atmosphère pour nourrir son texte.
Le livre fait évidemment une large place à la grande manifestation de noG7, le dimanche 14 juin. On y voit des images de participants, de policiers, mais aussi de casseurs en action. «Ils ne veulent pas être photographiés, même masqués», relate Pierre Albouy «Nous devions être discrets, rapides et rester à une certaine distance pour éviter qu’ils ne s’en prennent à notre matériel.»
4. Le travail d’édition
André Klopman a rendu une première version du texte mardi 16 juin et le graphiste s’est immédiatement mis au travail. Pendant ce temps, les deux photographes faisaient le tri parmi les six cents photos qu’ils avaient conservées. «Nous en avons éliminé la moitié», relève Magali Girardin.
Tout le monde s’est retrouvé mercredi après-midi aux Editions Slatkine, à Chavannes-de-Bogis. C’est là qu’a été effectué le choix définitif de la grosse centaines d’illustrations, parallèlement à la mise en pages. «Quand on place quatre photos sur une page, on ne peut pas le faire n’importe comment», remarque Magali Girardin. «En fonction de leur emplacement, elles peuvent s’annuler ou au contraire se renforcer.»
La maquette a été finalisée jeudi en milieu de journée. Le relais est alors passé à l’imprimerie, puis au distributeur et aux libraires. «Toute une chaîne travaille pour réaliser un livre», résume Ivan Slatkine.
«G7 et match est comme un amical pied-de-nez à la presse», conclut Magali Girardin. «Il montre qu’il existe d’autres manières de rendre compte d’un événement que l’approche journalistique classique.»
G7 et match, texte d’André Klomann, photographies de Magali Giradrin et Pierre Albouy, Editions Slatkine, 96 pages
Extrait
«Il faut se barricader de nouveau. Les commandes aux menuiseries vont bon train. Bientôt, les stocks connaîtront la rupture. Un mètre carré de bois de protection coûte de 150 à 450 francs. Il faut les sortir, sans remboursement prévisible. Les remparts résisteront-ils? Pour l’heure, NoG7 joue de la trompette. L’épisode biblique de Jéricho dépeint la chute des murailles après sept jours. Le tout consiste à faire qu’ici, dans la vraie vie contemporaine, celles des commerces tiennent bon. Pardonnez cette référence. C’est délicat, je sais, d’autant que Jéricho se situe en Cisjordanie. Des drapeaux palestiniens vont pointiller le cortège.»
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