Pourquoi Infomaniak se met sous la protection d’une fondation

L'équipe d'Infomaniak.
L'équipe d'Infomaniak.
Flavia Giovannelli
Publié jeudi 21 mai 2026
Lien copié

#Stratégie Cloud, IA, données: la société genevoise verrouille son indépendance avant la prochaine étape.

Pendant longtemps, Boris Siegenthaler, cofondateur d’Infomaniak, avait un plan simple: faire de l’entreprise, devenue en trente ans l’un des acteurs suisses les plus visibles de l’hébergement web, du cloud et des services numériques, une entreprise toujours plus collective. Année après année, il ouvrait progressivement le capital à ses collaborateurs, avec l’idée de les associer davantage au développement du groupe.

Le projet s’est heurté à un défi: comment intégrer les équipes tout en garantissant la pérennité d’une société active dans un domaine devenu stratégique?

Lorsque l’entreprise naît au milieu des années 1990, internet en est encore à ses débuts. Depuis, le décor a radicalement changé. Les données sont devenues sensibles, le cloud est un enjeu de souveraineté et l’intelligence artificielle redistribue les cartes. Entre-temps, Infomaniak a changé d’échelle. L’entreprise genevoise a été amenée à gérer des volumes considérables de données, tout en développant ses propres solutions pour servir une clientèle éclectique, bien au-delà des frontières suisses.

Pour son cofondateur, il ne s’agissait plus seulement de faire croître l’entreprise, mais aussi de préserver à Genève les savoir-faire, les développements, les licences et la capacité d’innovation. C’est ce qui l’a conduit à une annonce inhabituelle: renoncer à son statut d’actionnaire majoritaire au profit d’une fondation suisse d’utilité publique.

Cette réflexion débouche sur une nouvelle architecture. Depuis le 13 mai, la Fondation Infomaniak est devenue l’actionnaire de référence en détenant environ 65% des droits de vote grâce à des actions spéciales qui ne pourront jamais être cédées. Concrètement, la structure obtient un pouvoir de blocage permanent destiné à préserver l’ADN du groupe. Le changement a été accepté à l’unanimité par les fondateurs et les 36 collaborateurs actionnaires. À ce jour, Infomaniak ne compte toujours aucun investisseur externe.

Au cœur du dispositif, Boris Siegenthaler a consacré plus de trois ans à la rédaction d’une charte détaillant les principes fondateurs de l’entreprise. Elle consacre notamment l’indépendance du groupe, la souveraineté numérique, le respect de la vie privée ainsi que le maintien du contrôle des données par les clients. Ces principes pourront être renforcés par le Conseil de fondation, mais jamais affaiblis.

Acteur de proximité

Pour expliquer sa stratégie, Boris Siegenthaler quitte volontiers le terrain de la technologie pour celui de l’artisanat. Il s’inquiète de voir la Suisse et l’Europe confier toujours davantage de données, de licences et donc de leur savoir-faire aux géants du numérique. «Dans l’alimentation, on nous sensibilise depuis longtemps à l’importance des circuits courts, des produits locaux ou de la préservation des ressources. Je trouve qu’il devrait en aller de même pour l’informatique. Aller chercher des services numériques locaux se révèle tout aussi fondamental que d’acheter son pain chez le boulanger du quartier», résume-t-il.

À ses yeux, la souveraineté numérique ne relève pas uniquement d’une question technologique ou géopolitique. Elle touche aussi à la proximité économique et à la capacité de conserver des compétences, surtout celles à haute valeur-ajoutée, sur le territoire.

Défis inconnus

Entrée dans une autre dimension, Infomaniak doit désormais accompagner sa croissance par des investissements lourds (lire encadré ci-dessous). Il lui est interdit de s’arrêter en chemin au moment où l’essor de l’intelligence artificielle bouleverse l’ensemble du secteur. L’IA développée par l’entreprise reflète sa philosophie participative: l’outil est gratuit et ouvert. Il ne s’agit pas d’en tirer des bénéfices rapides, mais de répondre à une urgence perçue comme stratégique. Et, paraît-il, il est encore temps de se réveiller. «Je constate que Donald Trump est notre meilleur commercial. Depuis son élection et certaines de ses décisions, l’opinion publique, en particulier en Europe, se réveille et refuse de se remettre pieds et poings liés à des entités étrangères dont nous ne maîtrisons pas les codes», avance le fondateur d’Infomaniak.

La formule a le mérite de la provocation, mais elle résume aussi le basculement à l’œuvre: longtemps perçu comme une question technique, le choix d’un hébergeur, d’un cloud ou d’une intelligence artificielle devient progressivement un sujet économique, politique et stratégique.


Infomaniak en bref

Fondée au milieu des années 1990 à Genève par Boris Siegenthaler et ses associés, Infomaniak s’est d’abord développée dans l’hébergement web avant d’élargir progressivement ses activités au cloud, aux services numériques, aux outils collaboratifs, au streaming et plus récemment à l’intelligence artificielle.

L’entreprise emploie aujourd’hui plus de 300 collaborateurs et réalise un chiffre d’affaires d’environ 60 millions de francs. Elle revendique plusieurs millions d’utilisateurs et des centaines de milliers d’organisations clientes.

Ses piliers:

–Souveraineté numérique
– Hébergement des données en Suisse
– Développement interne et open source
– Garanties de sécurité et respect de la vie privée
– Engagement environnemental et social

 

insérer code pub ici