Quand le divorce s’invite au travail

Mélanie Svalander, médiatrice assermentée consultante en divorce.
Mélanie Svalander, médiatrice assermentée consultante en divorce.
Steven Kakon
Publié vendredi 13 février 2026
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#Conseil Absentéisme, chute de productivité: une rupture amoureuse peut coûter cher à l’entreprise. Une spécialiste accompagne les collaborateurs à traverser cette épreuve sans décrocher au travail.

En Suisse, l’absentéisme coûte plus de quatre milliards de francs par an aux entreprises, dont près des deux tiers sont liés à des troubles psychiques. Avec près d’un couple sur deux qui se sépare, le divorce compte parmi les déclencheurs et concerne directement un grand nombre de collaboratrices et collaborateurs. Aux États-Unis, son impact est déjà quantifié. La part attribuée au divorce dans le phénomène de «présence physique, mais absence mentale» représenterait cent cinquante milliards de dollars par an.

Alors que vie privée et professionnelle sont étroitement liées, Mélanie Svalander, consultante en divorce et médiatrice assermentée, accompagne les salariés dans cette étape marquante de leur vie. Objectif: préserver leur engagement, leur bien-être et leur performance au travail. Après avoir co-fondé la société Sparq, celle qui est «ni avocate, ni thérapeute» poursuit désormais ses activités en indépendante à Genève. Rencontre.

Comment en êtes-vous venue à travailler sur la problématique du divorce?

J’ai une vingtaine d’années d’expérience en communication en entreprise, notamment dans la finance. Sans le formuler ainsi, je faisais déjà de la médiation, puisque j’essayais de répondre aux attentes des uns et des autres. J’étais régulièrement témoin de désaccords. À un moment, j’ai ressenti le besoin d’intervenir comme externe pour soutenir les personnes. Je me suis formée à la médiation. Mon propre divorce a également été un tournant. Même entourée par ma famille et mon avocate, ce fut une épreuve. Un divorce n’est pas qu’une procédure juridique. Santé, travail, famille: tout est bouleversé et les émotions dominent alors que la clarté d’esprit est essentielle. Ayant vécu à l’étranger, j’ai constaté que le coaching autour du divorce était bien plus développé dans les pays anglo-saxons. Cela m’a convaincue qu’un accompagnement professionnel avait toute sa place ici.

Quels services proposez-vous aux collaborateurs?

Je travaille généralement sur cinq séances individuelles pour les personnes qui sollicitent mon aide dans les entreprises qui me mandatent. D’abord, j’apporte un soutien émotionnel pour leur permettre de prendre des décisions éclairées. Je les guide sur les principes du divorce, les méthodes ordinaires et les modes amiables. J’aborde également les implications financières, ainsi que certains aspects pratiques comme le logement. Finalement, je partage des outils de communication, notamment pour faciliter les échanges avec l’ex-conjoint, parler de la séparation aux enfants et poser les bases d’une transition sereine vers la coparentalité. Mon rôle est d’aider les personnes à apaiser le conflit, ainsi qu’à limiter les coûts émotionnels et financiers.

Quels bénéfices l’employé et l’employeur retirent-ils de cet accompagnement?

Un divorce n’est pas un sprint, mais un marathon. Il est important pour la personne qui divorce de garder des repères, une sécurité financière, des liens stables et, surtout, de rester active et productive malgré la tempête. Beaucoup ont l’impression de perdre tout contrôle, alors qu’ils disposent en réalité d’un réel pouvoir décisionnel. Mon accompagnement confidentiel agit comme une béquille pour les collaborateurs, leur permettant de donner du sens au processus et d’avancer avec un cap clair, tout en restant résilients au travail. Pour l’employeur, les avantages sont notables: meilleure productivité, réduction de l’absentéisme et du présentéisme avec un risque d’erreurs réduit, moral d’équipe renforcé, baisse du turnover et image employeur positive. Préserver la santé mentale des collaborateurs, c’est aussi protéger la performance globale de l’entreprise.

Le divorce est-t-il un sujet tabou en entreprise?

Le divorce ne s’arrête pas quand la journée de travail commence. Pourtant, ce sujet est encore peu abordé de manière proactive en entreprise. Dans un contexte où les enjeux de santé mentale occupent une place croissante dans les politiques de ressources humaines, de nouvelles formes d’accompagnement préventives viennent renforcer les dispositifs existants.

Comment évaluez-vous l’efficacité de votre intervention auprès de chaque client?

Au début d’une procédure de divorce, les personnes ne savent souvent ni où commencer ni comment gérer chaque étape. Au fil de l’accompagnement, les personnes voient la surcharge émotionnelle diminuer, leurs réactions s’apaiser. Elles retrouvent confiance, sérénité et contrôle pour avancer de manière plus claire et stratégique.

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