Sécurité: ce que les exploitants ne peuvent plus ignorer

Porter une attention aux exigences de sécurité.
Porter une attention aux exigences de sécurité. adobe stock
Flavia Giovannelli
Publié vendredi 13 février 2026
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#Responsabilités Le drame de Crans-Montana a ravivé l’attention portée aux exigences de sécurité applicables aux établissements publics.

Depuis le 1er janvier 2026, le drame de Crans-Montana a profondément marqué l’ensemble des établissements publics soumis à la loi sur la restauration, le débit de boissons, l’hébergement et le divertissement. Si l’émotion a été nationale, des questions de sécurité demeurent du ressort des cantons dans le cadre des compétences et dispositifs en vigueur. Le 15 janvier, le Conseil d’État genevois a ainsi adressé une circulaire à près de quatre mille propriétaires et exploitants du canton. Objectif: rappeler les mesures en matière de sécurité incendie et annoncer un renforcement des contrôles. Cette démarche s’inscrit dans un durcissement des exigences de sécurité applicables aux établissements publics, les autorités helvétiques réagissant avec fermeté à ce drame.

Dans la pratique, les destinataires peinent parfois à identifier clairement leurs obligations et à hiérarchiser les priorités. Plusieurs lois et règlements doivent en effet être pris en compte, comme le souligne Anthony Castrilli, président du Groupement professionnel des restaurateurs et hôteliers.

En matière de protection incendie, les directives de l’Association des établissements cantonaux d'assurance incendie sont appliquées, selon le canton, par un service cantonal (police du feu, à Genève) ou par une assurance immobilière (ECA dans le canton de Vaud). De son côté, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail à Genève rappelle qu’une attention particulière doit être portée au respect des obligations en matière de santé et de sécurité au travail. «Les principes généraux de responsabilité imposent en effet à tout employeur de protéger la santé et la sécurité de ses salariés1, rappelle Nicolas Hemmer, inspecteur du travail.

Comment faire?

Cela implique notamment, pour chaque exploitant, de disposer de locaux sûrs, de former régulièrement le personnel aux consignes de sécurité et de mettre en place une organisation efficace en cas d’urgence: issues de secours dégagées, système d’alerte, maniement des extincteurs, point de rassemblement, entre autres mesures.

Le moyen le plus structurant pour assurer la pérennité de cette organisation reste, pour l’employeur, le respect des dispositions de la directive MSST (Appel à des médecins et autres spécialistes de la sécurité au travail), applicable à l’ensemble des entreprises.

Les 10 points de la directive MSST

1. Principes directeurs et objectifs de sécurité.
2. Organisation de la sécurité.
3. Formation, instruction, information.
4. Règles de sécurité.
5. Détermination des dangers et appréciation des risques.
6. Planification et réalisation des mesures.
7. Organisation en cas d’urgence.
8. Participation.
9. Protection de la santé.
10. Audit et contrôle (idéale ment une fois par an; en cas de changements dans l’entre prise, comme des travaux ou l’acquisition de nouveaux équipements). Sa mise en œuvre peut se faire selon trois modalités: a solution individuelle; a solution de branche, (par exemple hotelgastros fety.ch pour le secteur de l’hôtellerie- restauration); a solution type (voir F4S)2.
 

Et les PME?

À titre de soutien, des outils d’aide à la prévention sont mis à la disposition des entreprises par certaines autorités cantonales, dont l’OCIRT3. Le document se présente sous la forme d’une check-list en cinquante points, simples à traiter selon une logique oui/non. En fin de document figurent également de nombreux liens utiles.

 

Démarche de prévention STOP

Les propriétaires ou exploitants peuvent également évaluer leur niveau de sécurité et mettre en œuvre les mesures de prévention à l’aide de la méthode STOP, soit:
  • Substituer ou supprimer le risque;
  • mesures Techniques (exemple: utilisation de matériaux difficilement combustibles, comme l’exigent les normes AEAI);
  • mesures Organisationnelles;
  • mesures Personnelles.
Les mesures de prévention doivent être mises en œuvre en donnant la priorité à la suppression du risque et aux mesures techniques, car elles offrent une efficacité durable. En revanche, les mesures organisationnelles ou personnelles reposent en grande partie sur le comportement humain, qui peut varier dans le temps et reste plus difficile à maîtriser, par exemple lorsqu’il s’agit du respect des consignes par les salariés ou les clients.
«À titre d’exemple, l’interdiction des fontaines pyrotechniques ne permet de traiter qu’une partie du problème», explique Nicolas Hemmer. «Il est essentiel de privilégier les bonnes pratiques techniques – matériaux incombustibles, y compris pour les décorations ponctuelles – car de nombreuses autres sources d’ignition existent.»

 

360 degrés

Si la tragédie de Crans- Montana a entraîné une prise de conscience salutaire, celle-ci doit aller bien au-delà de ce cas particulier. Selon différentes statistiques nationales, près d’un tiers des incendies seraient liés à la foudre, tandis qu’un quart résulte de problèmes électriques (comme l’incendie des bains de Saillon en 2020).
Une vigilance accrue est également recommandée lors de l’utilisation de réchauds à fondue - une cause probable de l’incendie du restaurant de Glacier 3000 en 2022. Attention enfin aux infractions à l’interdiction de fumer dans les locaux, régulièrement constatées par l’inspection du travail.

 

Risques commerciaux

Au-delà des enjeux humains et juridiques, les propriétaires et exploitants ont un intérêt commercial direct à renforcer la sécurité de leurs établissements. En matière de continuité d’activité, il est communément admis qu’après un incendie majeur, près de 40% des PME ne réouvrent pas. Parmi celles qui reprennent une activité, le taux de faillite demeure très élevé dans les deux années suivantes. Ce constat justifie pleinement la mise en place de systèmes qui vont parfois au-delà des exigences légales, comme les dispositifs de détection ou d’extinction automatique.
 
1 art. 6 LTr et art. 82 LAA)
2 f4s.ch
3 Office cantonal de l’inspection et des relations du travail
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