Salaire minimum: les infractions à la loi diminuent à Genève

Steven Kakon
Publié jeudi 29 janvier 2026
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#Etude Le salaire minimum genevois a permis de rehausser les très bas salaires.

 

En octobre 2020, juste avant l’entrée en vigueur du dispositif, 7,4% des actifs percevaient un salaire inférieur à ce minimum proposé (et voté en septembre 2020, entrée en vigueur en novembre). Deux ans plus tard, la proportion d’entreprises qui ne respectent pas le salaire minimum tombe à 4%, mais devra impérativement diminuer à l’avenir. Globalement, les emplois les moins rémunérés du secteur privé genevois ont bénéficié d’une hausse moyenne des salaires de 13% à 15%. «On va dans le bon sens», observe José Ramirez, professeur à la HES face à la presse le 29 janvier.

Deux grands gagnants

Les effets du salaire minimum ne sont pas homogènes, mais certains groupes semblent en bénéficier. Les femmes apparaissent comme les principales gagnantes, tout comme les jeunes. Chez les moins de 25 ans, la proportion de salaires sous le minimum chute de 22,4% à 9,5% et de 6,8% à 4,1% pour les 55 ans et plus. «C’est dans le premier emploi que l’on est le plus concerné par le salaire minimum», remarque le spécialiste des questions liées au marché du travail.

Deux secteurs attirent tout spécialement l’attention dans les données publiées. Dans l’hébergement, la proportion de travailleurs rémunérés sous le salaire minimum reste inchangée (19%), mais les salaires y ont tout de même progressé (de 8,6%, l’écart s’est resserré à 3,6%). Dans le secteur des agences de voyage et services annexes, plus aucun employé n’est désormais payé en dessous du seuil légal.

Effets de débordement?

Le rapport ne se prononce toutefois pas sur les répercussions éventuelles sur les salaires juste au-dessus du minimum, un point de questionnement persistant. Observe‑t‑on un nivellement vers le bas des salaires? Les données actuelles ne permettent pas de trancher. La hausse des bas salaires pourrait provoquer une pression à la hausse sur les niveaux supérieurs pour maintenir une hiérarchie salariale, ou au contraire, des tentatives de compensation par les employeurs. «On ne sait pas encore dans quel sens ça va», explique José Ramirez.

A ses côtés, Delphine Bachmann appuie sur ces enjeux. «Avec l’indexation salariale du salaire minimum chaque année, le risque est de se retrouver trop proche des salaires qui demandent des qualifications». Reconnaissant que le salaire minimum a des conséquences sur les modèles économiques dans certains secteurs, la conseillère d’État chargée du DEE rappelle que «la préservation de l’emploi est au cœur de nos préoccupations».

Réactions

Les partenaires sociaux attendaient ces résultats. Pour Pierre‑Alain l’Hôte, président de l’Union des associations patronales genevoises, la baisse du nombre de salariés rémunérés sous le minimum n’a rien de surprenant. «Ce qui est en revanche anormal est que certaines entreprises ne le respectent apparemment toujours pas», déplore‑t‑il. Le représentant s’interroge sur les conséquences potentielles du covid en 2020, année marquée par un recul d’activité et une hausse du chômage, sur les résultats.

Au tour de Davide de Filippo d’indiquer que la hausse des bas salaires «était attendue». «C’était l’objectif de la mesure», sourit le président de la Communauté genevoise d’action syndicale. La conclusion qu’il en tire: «le cataclysme économique prédit durant la campagne n’a pas eu lieu».

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