Silver économie: innover pour mieux servir les aînés

Les entreprises sont amenées à repenser leurs offres pour répondre aux attentes d’une génération de seniors active, exigeante et en expansion rapide.
Les entreprises sont amenées à repenser leurs offres pour répondre aux attentes d’une génération de seniors active, exigeante et en expansion rapide. Photo C.Davids/peopleimages.com
Steven Kakon
Publié lundi 08 décembre 2025
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#Vieillissement Pour rester compétitives, les entreprises doivent répondre aux attentes des plus de 65 ans, une génération en pleine croissance.

Près d’1,8 million de personnes, soit un quart de la population suisse, ont aujourd’hui plus de 65 ans. D’ici à 2050, elles seront 2,7 millions. A Genève, le nombre de personnes de 80 ans et plus doublera, passant de plus de vingt-neuf mille à cinquante-trois mille, soit 8% de la population du canton. Cette mutation démographique ne représente pas qu’un défi social. Elle ouvre la voie à un marché en forte croissance, celui de la silver économie. Les entreprises sont amenées à repenser leurs offres pour répondre aux attentes d’une génération de seniors active, exigeante et en expansion rapide. L’enjeu est double: satisfaire une demande croissante tout en transformant cette évolution en opportunité économique.
«Les aînés seront toujours plus nombreux à vouloir choisir par et pour eux-mêmes, le plus longtemps possible», témoignait Rafael Fink, coordinateur du Senior-lab dans PME Magazine en octobre 2024. Autonomie, confort, maintien à domicile sont au cœur de leurs attentes. Les données confirment la tendance à vivre chez soi: seuls 4,3% des 65 ans et plus résidaient en établissements médico-sociaux en 2024, selon l’Observatoire suisse de la santé.

Besoins multiples

Les entreprises doivent anticiper les besoins liés au vieillissement dans des domaines variés: logement, santé, loisirs, technologies, préservation du lien social. «Les champs d’innovation sont immenses», affirme Benjamin Zimmer, cofondateur de la Silver Alliance, invité à la troisième rencontre de la Silver économie à Onex le 27 novembre.
Lors de cet événement, un constat s’est imposé: le vieillissement devient un enjeu stratégique pour le développement économique et territorial. Une coordination renforcée est indispensable entre collectivités publiques, développeurs, entreprises, établissements de soins, organismes de formation, chercheurs et associations.
Des acteurs commencent à structurer ce marché. Créée en France en 2018, la Silver Alliance groupe des solutions fiables et complémentaires pour permettre aux seniors de vieillir sereinement à domicile. Benjamin Zimmer prévient: l’innovation doit s’appuyer sur un modèle économique solide. Maintenir une personne âgée à domicile peut impliquer des coûts élevés (adaptation du logement, services, technologies et soins). Sans financement clair et offres accessibles, la silver économie pourrait rester une niche au lieu de devenir un secteur structuré et durable.
Autre impératif: changer de modèle. «Faire de la prévention à 75 ans, c’est trop tard», avertit Benjamin Zimmer. Il plaide pour des actions ciblées auprès des collaborateurs en entreprise dès 60 ans.
Luigi Corrado, secrétaire général du Chapitre francophone de l’International Society for Gerontechnology regrette qu’en Suisse la prévention ne soit pas la priorité, les efforts se concentrant sur le curatif avec des soins médicaux et des équipements pour pallier la perte d’autonomie. Il plaide pour considérer les seniors comme des utilisateurs autonomes. «On les infantilise, alors qu’ils sont capables de discernement et de décision.» D’où son appel à miser sur la formation et la sensibilisation. Benjamin Zimmer insiste sur la problématique du financement. «Les banques ne réagissent pas quand on leur parle d’autonomie des personnes âgées avec de l’intelligence artificielle.» Allier technologie et vie quotidienne est possible, à la condition de privilégier la simplicité et l’utilité centrée sur l’utilisateur senior. Les chiffres sont éloquents: les 60 ans et plus plébiscitent les réseaux sociaux. Fin 2024, près de 85% des retraités surfent sur internet via leur smartphone, selon une étude publiée par l'institut de recherche sur les médias publicitaires WEMF, rapportée par Swissinfo.
Autre orientation stratégique: tourner les solutions vers les proches et les soignants, qu’il ne faut pas oublier. Face à la pénurie de personnel et à la complexité des soins à domicile et en EMS, «les soignants ont besoin de soutien technologique pour simplifier la gestion administrative et pour offrir des outils de communication plus souples», souligne Luigi Corrado.


Senior-lab: des projets qui changent le quotidien

 Le Senior-lab conçoit et teste des innovations avec et pour les seniors. À partir de leurs retours, la plateforme propose des recommandations aux entreprises. Son financement repose sur des fondations, des mandats publics et des programmes fédéraux. Parmi ses réalisations figure le projet CEOL-CARE, mené avec la HEIG-VD, le CHUV, l’Université de Berne et l’University College de Dublin. Il vise à renforcer la confiance et les compétences des proches aidants et du réseau de soins, avant, pendant et après une fin de vie à domicile. Des ateliers pratiques ont été organisés et des outils développés pour soutenir professionnels et proches aidants et recueillir leurs expériences, leurs idées et leurs besoins. «Nous constatons que les personnes prennent confiance, apprennent à exprimer leurs besoins et empathisent avec les autres», explique Francesca Bosisio, professeure à la HEIG-VD et membre du comité de pilotage du Senior-lab. Entre 2026 et 2028, une phase d’implémentation à l’échelle du canton de Vaud testera la faisabilité et l’acceptabilité du dispositif avec des professionnels de terrain. Autre exemple: lorsque la mobilité se réduit, des gestes simples peuvent devenir des défis. En collaboration avec ASA-Handicap mental et le Senior-lab, un projet pédagogique a mobilisé des étudiants du bachelor en design industriel de l’École cantonale d’art de Lausanne pour imaginer des systèmes de fixation pour vêtements, sacs et accessoires, afin de les rendre plus universels et inclusifs. Des seniors membres de la communauté ont participé activement à leur conception. Une adaptation pour d’autres régions et cantons suisses est envisagée.


Booster Silver Aging

Lors de la table ronde organisée à Onex, Daniel Cefaï, responsable de l’innovation Booster Silver Aging, soutenu par Innosuisse, trace une orientation claire. Son programme finance des projets jusqu’à vingt-cinq mille francs pour améliorer la vie des seniors et de leurs aidants, en partant des besoins qu’ils expriment eux-mêmes. Aucun des quinze projets soutenus n’est purement technologique: tous intègrent une forte dimension sociale.
Parmi les exemples: des exosquelettes, des outils pour lutter contre l’isolement ou des solutions de coordination pour des proches-aidants souvent débordés, dont certains sont eux-mêmes sexagénaires. 
Daniel Cefaï confie encourager particulièrement les initiatives qui anticipent la retraite. Et la dynamique continue: de nombreux projets pourront être financés l’an prochain.

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