Le projet de loi veut rééditer le succès du Léman Express sur d'autres axes
Guilhem Vellut
Pierre Cormon
Publié lundi 17 août 2026
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#votations
Les 39,5 millions de francs pour construire des infrastructures en France voisine bénéficieront d'abord au canton. La Confédération et la France cofinancent
Et si la France prenait en charge la moitié d'une série d'investissements destinés à améliorer les conditions de circulation à Genève? Telle est en substance la proposition qui est faite aux Genevois. Ils devront se prononcer le 27 septembre sur un paquet de 39,5 millions de francs destiné à financer des infrastructures de transport transfrontalières.
Au programme: un bus à haut niveau de service, un tram, des réaménagements de carrefours et de routes et des parkings d'échange, tous situés dans le Grand Genève, côté français. Ils visent à désengorger le canton en transférant une plus grande partie de la mobilité transfrontalière dans des transports publics, comme le Léman Express a permis de le faire du côté d'Annemasse.
Le financement est assuré par la Confédération, le canton et les autorités françaises. La part genevoise, qui fait l'objet d’un référendum, se monte à 22% du total.
Rattraper le retard
Ces projets visent à rattraper un retard. L'agglomération genevoise s'est beaucoup développée ces dernières années, côté français comme côté suisse. Chaque jour, on dénombre environ 650'000 passages aux frontières du canton, essentiellement de et vers la France.
Les infrastructures transfrontalières n'ont pas été adaptées au même rythme. Jusqu'au début du millénaire, il n'existait pratiquement aucune infrastructure transfrontalière, comme le remarque le journaliste Sébastien Colson dans un ouvrage de référence sur le Grand Genève (1).
Résultat: l'écrasante majorité des passages de frontière se fait en transports motorisés individuels, ce qui se répercute directement sur les conditions de circulation dans le canton.
Détérioration
Or, celles-ci se sont détériorées de manière très sensible ces dernières années. Des entreprises renoncent à certains mandats qu’elles auraient auparavant volontiers acceptés, car elles redoutent les problèmes de déplacement. Des transporteurs doivent introduire des surtaxes pour compenser le temps supplémentaire perdu dans les bouchons. La journée d’indépendants s’allonge, à cause du temps perdu en déplacement. Leurs clients subissent la multiplication des retards et la hausse des prix, les riverains, la pollution et le bruit.
Des progrès ont été effectués dans certains secteurs, notamment avec le Léman Express, la Voie Verte et le tram 17 (Lancy-Annemasse). Ils ont permis de diminuer sensiblement le flux de véhicules individuels motorisés aux frontières de ce côté. Un plana été établi pour favoriser le trafic professionnel, qui prévoit l’instauration d’une vignettelui donnant certains droits. Ailleurs, comme dans la zone industrielle de Zimeysa et ses alentours, la situation ne cesse de se détériorer. La situation est d’autant plus tendue que la construction de réseaux de chauffage et rafraîchissement à distance implique des années de grands travaux.
Plusieurs projets
Ce qu'on est parvenu à faire du côté d'Annemasse doit donc être répliqué ailleurs. C'est l'objet de la loi sur laquelle nous allons voter. Elle permettra de financer notamment le tram de Ferney-Voltaire, le bus à haut niveau de service vers Saint-Genis Pouilly et des aménagements destinés à prioriser les transports publics à Saint-Julien. Des crédits sont également prévus pour améliorer la mobilité dans la région d'Annemasse. Trois P+R font partie du paquet, à Ferney-Voltaire, Nangy (Vallée de l'Arve) et Annecy.
Pourquoi réaliser ces infrastructures en France? "Si nous voulons réduire les mouvements de véhicules, il faut intervenir là où ils naissent, c'est-à-dire avant la frontière", a répondu le député Jacques Béné (PLR) au Grand Conseil. Plus on passe de temps au volant, moins on est susceptible de la laisser dans un parking pour monter dans un transport public, a en effet constaté la recherche.
Bonne affaire
Ce n'est donc pas sur territoire genevois que les infrastructures destinées à désengorger le canton doivent être construites, mais en de l'autre côté de la frontière. La France mettra des terrains à disposition et payera une moitié de la facture de ces infrastructures, qui permettront d'améliorer la mobilité à Genève. Bonne affaire, non?
(1) Sébastien Colson, Et au milieu passe une frontière, Editions Slatkine, 2025, 301 pages
Ce qui dérange les opposants
Seul le MCG s’oppose au projet, parmi les partis représentés au Grand Conseil. L’UDC, qui avait refusé un crédit pour la construction de P+R en France voisine en 2014, s’est ralliée au camp du oui. Réponse aux arguments du MCG.
• "Un projet comparable a déjà été refusé en 2014"
C'est le jeu de la démocratie: un projet est refusé, on se remet au travail et on revient avec un meilleur projet, qui tient compte des objections qui ont été formulées. Le projet de 2014 ne concernait que des parkings d'échange, alors que celui sur lequel nous allons voter comprend de nombreuses améliorations du système de transports publics. Le financement du projet de 2014 reposait presque entièrement sur le canton, alors qu'il ne finance que 22% du paquet actuel. Mission accomplie.
• "Le montage financier est complexe et implique une perte de maîtrise"
Exactement comme celui du Léman Express, qui a permis de construire l'infrastructure la plus marquante de ces dernières décennies à Genève. Une telle complexité est inévitable dans des projets d'une telle ampleur, mais ce précédent incite à répéter l'expérience.
• "Ces quarante millions manqueront pour financer des projets plus importants, dans le canton"
Ah bon? On a de la peine à suivre. Voilà des années que le MCG dénonce les "dizaines de milliers de voitures [qui] envahissent Genève" chaque matin, problème auquel ce projet s’attaque justement. On ne peut pas se faire élire en dénonçant les incendies et sabrer le budget des pompiers.
• «Genève finance, la France construit et la France bénéficie»
Doublement faux. Le financement est partagé et Genève ne paie que 22% du total. De plus, ce n’est pas pour désengorger Nangy ou Saint-Genis-Pouilly qu’on veut construire ces infrastructures, mais bien Genève. Le canton sera le premier bénéficiaire du report vers les transports publics.
Les transporteurs soutiennent le projet
Oui: telle est la recommandation de vote de la section genevoise de l’Association suisse des transports routiers. Son président, Andrea Genecand, s’explique.
Pourquoi les transporteurs genevois prennent-ils position sur un projet qui ne porte ni sur le trafic professionnel, ni sur le canton de Genève?
Parce que le trafic professionnel souffre des engorgements réguliers du réseau, notamment aux heures de pointe. Or, les pendulaires qui viennent travailler à Genève en voiture en constituent une composante importante. Si on peut leur proposer des solutions pour qu’ils se déplacent en transports publics, cela réduira un peu la pression sur le réseau routier et fluidifiera le trafic. Les transports professionnels pourront ainsi mieux circuler. Nous n’attendons pas de miracle, mais il s’agit d’un pas dans la bonne direction.
Il existe un précédent, avec la mise en service du Léman Express. Comment le jugez-vous?
Le Léman Express a permis d’accompagner le développement économique du canton. Sans lui, une grande partie des 80'000 personnes qu’il transporte chaque jour se seraient retrouvées sur les routes. La douane de Thônex-Vallard est maintenant moins engorgée.
Tout de même, vous ne préféreriez pas que cet argent soit dépensé dans le canton ?
La question ne se pose pas en ces termes. Si nous voulons diminuer le trafic à Genève, nous devons nous attaquer aux causes du problème. Le trafic pendulaire trouve son origine en grande partie en dehors des frontières cantonales; c’est donc là qu’il faut agir pour améliorer la circulation à Genève. Les investissements seront faits ailleurs, mais le canton en sera le premier bénéficiaire. Bien entendu, des investissements structurels majeurs, tels que l’élargissement de l’autoroute de contournement et la réalisation de la Traversée du Lac, demeurent indispensables.
Vous soutenez donc totalement le projet?
Nous avons une réserve. Il prévoit de financer un bus à haut niveau de service en site propre. Nous nous sommes déjà battus, par le passé, pour que de telles infrastructures n’enlèvent pas de voie au trafic individuel motorisé, car cela affecterait la fluidité du trafic professionnel. Nous restons donc vigilants.
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