IA et recrutement: face au bluff des CV, deux réponses opposées

«De plus en plus de logiciels permettent d’adapter le CV au poste», observe Charles Bendotti, cofondateur de HooRa, société de recrutement digital et IA.
«De plus en plus de logiciels permettent d’adapter le CV au poste», observe Charles Bendotti, cofondateur de HooRa, société de recrutement digital et IA.
Steven Kakon
Publié lundi 17 août 2026
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#Candidatures Le CV est-il devenu moins fiable? Deux experts RH partagent leur diagnostic et expliquent la parade qu'ils ont mise en place.

Un CV et une lettre de motivation sur mesure pour chaque offre, générés en quelques secondes. Postuler est devenu un jeu d’enfant. Grâce à l’intelligence artificielle (IA), un même candidat peut désormais envoyer plusieurs dossiers par jour, sans effort de rédaction.

Cette évolution s’accompagne d’une autre pratique qui gagne du terrain: glisser des mots-clés invisibles - écrits en blanc sur fond blanc, dans une police minuscule - pour piéger les filtres ATS, ces algorithmes que les entreprises utilisent pour trier les candidatures. On l’appelle le «ghost keyword stuffing». Le CV est-il devenu moins fiable?

«Le coût d’une candidature est devenu extrêmement faible», analyse Philippe Zinser, expert RH franco-canadien. Résultat: les recruteurs croulent sous les dossiers, mais plus forcément de meilleurs profils. Le décalage entre le CV et la réalité du candidat, lui, n’apparaît qu’au premier entretien. La course à la candidature n’a jamais été aussi facile. Ni aussi trompeuse. «De plus en plus de logiciels permettent d’adapter le CV au poste», observe Charles Bendotti, cofondateur de HooRa, société de recrutement digital et IA. «En quelques clics, des outils peuvent reformuler un parcours et intégrer les mots-clés recherchés. Cela met surtout en évidence les limites du CV comme principal outil de sélection.»

«L’une des conséquences les plus importantes de l’IA générative est l’homogénéisation des candidatures», observe Philippe Zinser. Et d’ajouter: «les documents paraissent meilleurs, mais ils deviennent moins différenciants». Avec pour effet de faire perdre du temps à tout le monde, recruteurs comme candidats.
 

Deux solutions


Face à ces dérives, une réponse: moovejob.com, lancé dès 2022. «Nous avons voulu permettre aux entreprises de se connecter uniquement avec des profils pertinents, sur la base des compétences, des correspondances métiers et des besoins réels», explique Philippe Zinser, fondateur de la plateforme lancée au Québec. Le principe renverse les codes du recrutement. Aucune offre d’emploi n’est visible... sauf pour les candidats qui répondent à 65% des critères, une approche qui bouleverse les habitudes RH. Bref, l’IA analyse des CV… souvent faits avec l’IA. moovejob.com met en relation des candidats et recruteurs «dans toutes les régions du monde où le français est parlé». Fin juillet, le site comptait plus de 400 offres d’emploi actives.

Charles Bendotti partage le constat, mais adopte une approche différente. «Le véritable problème n’est pas que les candidats utilisent l’IA pour optimiser leur CV. Le problème est de continuer à sélectionner les candidats sur la base d’un CV. Un CV permet d’affirmer des compétences, mais pas de les démontrer.» Chez HooRa, le CV est remplacé dès la préqualification par un questionnaire digital et un entretien structuré. Après une candidature mobile simplifiée, Alex, l’agent IA de HooRa, mène un échange d’une dizaine de minutes fondé sur les meilleures pratiques RH afin de permettre aux candidats de démontrer leurs compétences, leur expérience et leur motivation. L’entretien et sa retranscription restent accessibles, si nécessaire. Les recruteurs concentrent ensuite leur temps sur les candidats les plus prometteurs, avant de prendre leur décision à l’issue d’un véritable entretien.

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