Un plan pour le trafic professionnel

Pierre Cormon
Publié vendredi 13 février 2026
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#Transports le Plan d'actions du transport professionnel doit guider l'action du canton jusqu'en 2028.

La nouvelle vignette ne constitue que la mesure la plus emblématique d'un plan plus global, le Plan d'actions du transport professionnel (PatPRO). C'est lui qui doit guider l'action du canton en la matière jusqu'en 2028. Il a été élaboré en collaboration avec des organisations représentatives de l'économie et des acteurs de la mobilité.

Un premier plan, plus spécifiquement focalisé sur le transport de marchandises, couvrait la période 2019-2023, le Plan d'action marchandises et logistique urbaine (PAM). «Nous n'avons pas l'impression qu'il a vraiment changé la situation», juge Serge Gonzalez.

Expérimentations

Le canton en est conscient. «Le premier plan était essentiellement constitué d'expérimentations», note Nicolas Borzykowski. «Certaines ont été concluantes et suivies de mesures pérennes, d’autres ont échoué et n'ont pas été reconduites.»

«Beaucoup de paramètres externes entrent aussi en jeu et rendent l'évaluation délicate, ajoute Nicolas Rufener. Une mesure a cependant fait l'objet d'un suivi précis: le renforcement des contrôles sur les cases dites de livraison. «Les véhicules privés peuvent s'y arrêter pour décharger des objets ou des personnes, mais ils doivent repartir dès que cela est fait», explique David Favre. «Les transporteurs professionnels peuvent en revanche s'arrêter jusqu'à quarante minutes pour procéder à leur intervention ou à une livraison.»

Une campagne le rappelant a été menée en 2022. Avant son lancement, 80% des véhicules occupant ces cases étaient privés. Six mois après, ce n'était plus le cas que de 54% d'entre eux – encore que ce chiffre soit remonté depuis.

Nouveau plan

Le nouveau plan reprend plusieurs mesures du précédent et en propose d'autres. Sa philosophie: mieux distinguer le trafic professionnel du trafic privé, encourager la rationalisation des flux, mutualiser les ressources lorsque c'est possible.

L'une des mesures consiste à encourager les entreprises à mutualiser leurs flottes, une idée qui a émergé lors de discussions avec elles. «Une petite entreprise a besoin d'un véhicule polyvalent», explique Nicolas Borzykowski. «De petites entreprises ont expliqué qu’elles acquéraient des camionnettes pour leur polyvalence, mais qu’un véhicule plus petit permettrait d’optimiser la plus grande partie de leurs trajets.» Si plusieurs entreprises regroupaient leurs flottes, elles pourraient utiliser tour à tour une camionnette ou un véhicule plus léger, selon le besoin du moment, sans augmenter leur propre parc. «Nous proposons de tester cette idée à petite échelle avec les entreprises volontaires», ajoute Nicolas Borzykowski.

La mutualisation pourrait également s'appliquer aux locaux. Le plan localisé de quartier de Praille-Ouest, en cours d'élaboration, prévoit des centres logistiques pouvant abriter plusieurs entreprises. Elles pourraient y transborder des marchandises venues par rail sur des véhicules qui les achemineront jusqu'à leurs destinataires, comme le font déjà des transporteurs. Des espaces de stockage pourraient également être aménagés au centre-ville. «Certains artisans sont intéressés à y laisser le matériel dont ils ont besoin pour leurs interventions, sans devoir le transporter à chaque fois depuis leurs locaux», explique Nicolas Borzykowski. Ils pourraient ainsi se déplacer dans le centre avec des moyens de transports plus légers.

Les milieux professionnels participent à ces réflexions avec un mélange d'intérêt et de réserve. L'association genèvemobilité a présenté plusieurs propositions concrètes permettant de tester certaines mesures. «Le dialogue est constructif et la nouvelle législature plus ouverte que la précédente, tant au niveau de la Ville que du canton», estime son président, Nicolas Rufener.

La section genevoise de l'ASTAG est plus prudente. «Le plan ne nous semble pas proposer de mesures suffisamment concrètes pour améliorer véritablement le transport professionnel», estime Andrea Genecand. «Le seul moyen de le faire est d'adapter le réseau routier à la demande, en bouclant la moyenne et la grande ceinture» (qui passent respectivement par le Pont-Butin et l'autoroute de contournemen - ndlr). Plusieurs projets d'amélioration de la moyenne ceinture ont été lancés, comme la refonte du croisement en bas du Pont de Lancy. L'élargissement de l'autoroute de contournement entre Perly et Bernex a également été avalisé par le Conseil fédéral (celui entre Bernet et l'aéroport a été repoussé). On en revient à la question du rythme: les travaux devraient avoir lieu entre 2030 et 2035 dans le meilleur des cas. Quant aux traversées de la rade et du lac, que les transporteurs appellent de leurs vœux, leur éventuelle réalisation prendrait encore plus de temps. Les bouchons ne risquent donc pas de disparaître de sitôt.

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