Athènes plutôt que Sparte

Flavia Giovannelli Jounaliste Publié vendredi 13 février 2026

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À peine le mois de janvier achevé, l’ambiance socio- économique n’a rien de pétillant. Entre tensions géopolitiques, image de la Suisse écornée après le drame de Crans-Montana et perspectives de croissance fragiles, l’époque nourrit une anxiété diffuse, presque structurelle. Et si, pour prendre un peu de recul, nous allions chercher des réponses du côté de l’Antiquité? L’essayiste suédois Johan Norberg invite à porter un regard différent sur nos défis contemporains, à travers un prisme positif. Sa démarche compare les âges d’or de l’humanité afin de comprendre pourquoi les sociétés glissent de la prospérité et de la créativité vers le déclin. Pour nourrir sa réflexion, Norberg convoque les Grecs. D’un côté, Athènes, berceau de la démocratie, patrie de la rhétorique et du débat, que l’on imagine volontiers philosopher sur l’agora. De l’autre, Sparte, société fondée sur la discipline, la rigueur et la formation de guerriers. Intuitivement, on serait tenté de miser sur la supériorité des seconds. Les faits nuancent pourtant ce jugement. Si Sparte a bien vaincu Athènes, son hégémonie s’est effondrée à peine trente ans plus tard, balayée par Thèbes. Les historiens soulignent que la fermeture de la cité, sa xénophobie et l’absence de véritables marchés ont largement accéléré ce déclin. Loin d’être anecdotique, cet épisode éclaire notre époque, où l’on évoque volontiers la fin d’un âge d’or du monde occidental. Pour en comprendre les ressorts, Norberg prolonge son analyse avec l’Empire romain. Conquérants, les Romains ont certes annexé de vastes territoires, mais ils l’ont fait en laissant aux régions soumises une large autonomie politique, juridique et culturelle. Les élites locales étaient intégrées, les échanges encouragés, les routes sécurisées. Cette organisation, imparfaite mais pragmatique, a longtemps garanti stabilité, circulation des idées et prospérité relative. La rupture survient avec la chute de l’Empire. En disparaissant, ce cadre commun laisse place à une fragmentation brutale. L’Europe entre alors dans une longue période de stagnation, marquée par le repli, l’insécurité et l’effondrement des réseaux économiques et intellectuels. Avec le recul, l’ordre imposé par Rome se serait révélé plus souple, presque plus «sympathique» que le morcellement qui lui a succédé. La leçon est limpide. Céder au réflexe protectionniste sous la pression extérieure revient souvent à amorcer le début de la fin. Si nous voulons éviter cet épilogue, nous devons cultiver le modèle de l’ouverture. Celle des idées, des échanges commerciaux, des migrations et de la liberté individuelle. Le catastrophisme apparaît comme l’ingrédient majeur de la défaite. Il pousse à ériger des barrières et à se replier sur soi. Cette lecture devrait inciter la Suisse à résister à la tentation défensive dans un monde qui se ferme, des États-Unis à la Chine. Elle invite aussi à rejeter l’initiative d’une Suisse à dix millions et à assumer clairement la nécessité d’un accord durable avec l’Union européenne.