G7: trois précédents qui inquiètent les commerçants genevois

Pierre Cormon
Publié lundi 18 mai 2026
Modifié lundi 18 mai 2026
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#Manifestations Le sommet de l'OMC en 1998 et du G8 en 2003 ont donné lieu à des déprédations à large échelle, malgré le dispositif policier.

Trois jours de violences nocturnes, 1500 policiers mobilisés, plus de cent commerces endommagés par les casseurs… On est en 1998, et pour la première fois à Genève, des manifestations anti-mondialisation sont accompagnées de déprédations à large échelle. Quelque 300 personnes sont interpellées.

Les assurances prennent en charge les dégâts, y compris d'entreprises ne disposant pas de la couverture adéquate. Il s'agit d'un geste à bien plaire, soulignent-elles, car l'explosion de violence a pris tout le monde par surprise.

Cinq ans plus tard, lors de la réunion du G8 de 2003, les manifestations de 1998 sont dans toutes les têtes. De nombreux commerces se protègent derrière des palissades. Quant aux autorités, elles déploient un dispositif sécuritaire énorme, avec le renfort de l'armée et de policiers allemands.

"Psychose"

Des militants altermondialistes dénoncent une "psychose sécuritaire". Une partie des commerces renonce à se protéger, parce que leurs responsables ne s'estiment pas visés par les critiques visant le G8 ou qu'ils veulent garder une ville accueillante. Certains affichent même de la sympathie envers les idées des manifestants. "Je n'ai pas eu peur", expliquait l'un d'eux à Entreprise romande en 2003. "Je pensais que seuls les magasins représentant les gros capitaux ou les multinationales risquaient d'être attaqués".

Mal leur en prend. Des violences encore plus massives qu'en 1998 éclatent. Les émeutiers ne font aucune différence entre petit commerce et grand capital. Plus de 40 sites sont pillés ou endommagés dans la seule nuit du 31 mai, pour des dégâts estimés à plusieurs millions de francs. "En découvrant les dégâts, j'ai immédiatement pensé à déposer le bilan", témoigne un petit commerçant dans les colonnes d'Entreprise romande.

Cocktails molotov

Un magasin de motos devient le symbole de ces violences. Il est attaqué au cocktail molotov et brûle entièrement. Le propriétaire avait pris soin de mettre ses motos à l'abri, mais il perd ses cartes grises, son outillage, ses machines, ses documents administratifs et le stock de pièces détachées et de pièces rares constitué au cours des années. "Les clients sont partis ailleurs, il sera difficile de les récupérer", témoigne-t-il dans ces colonnes.

Les assureurs, cette fois, se montrent moins souples. Les violences étaient prévisibles, soulignent-ils. Ils ne font pas de geste envers les commerces dépourvus de couverture. Le canton, en revanche, crée une cellule d'indemnisation, dans laquelle siège la Fédération des Entreprises Romandes Genève. Il s'agit d'un "geste politique de solidarité", précise le canton. La France participe aux indemnisations.

Troisième tiers-temps en 2009, avec de nouvelles manifestations anti-OMC. Les commerçants demandent que le défilé soit déplacé à la Place des Nations, en vain. Il se tient au centre-ville. Des banques, un café, des bijouteries et des boutiques sont pris pour cible.

"Assez!"

"Assez! Le canton doit prendre ses responsabilités", s'exclame alors notre rédaction, peu après les manifestations. "Des quatre grandes dernières manifestations altermondialistes qui se sont déroulées à Genève, une seule a été exempte de violence. C'est celle qui a été interdite, en janvier dernier. Puisque ni les organisateurs, ni la police ne sont capables de contrôler les casseurs lors de ce type de manifestations, il faut les interdire."

Le Grand Conseil discutera précisément d'une motion demandant l'interdiction des manifestations en marge du G7, qui se tiendra à Evian-les-Bains du 15 au 17 juin. Le Conseil d'Etat ne s'est pas encore prononcé. Il propose cependant d'indemniser les déprédations, mais pas les mesures de protection telles que la pose de palissades. Il n'est pas non plus entré en matière pour les perte de chiffre d'affaires qui découleront de la recommandation générale de privilégier le télétravail. La FER Genève et Genève Commerces continuent le dialogue pour le faire changer d'avis.

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