L'économie des aéroports (re)décolle comme jamais!

«Pour 2025, l’aéroport confirme ses prévisions, où le niveau global de trafic passager devrait dépasser celui de 2019», rapportait Le Temps en janvier.
«Pour 2025, l’aéroport confirme ses prévisions, où le niveau global de trafic passager devrait dépasser celui de 2019», rapportait Le Temps en janvier.
Daniella Gorbunova
Publié jeudi 24 avril 2025
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#Aéroports Les chiffres des aéroports suisses s’envolent depuis la pandémie, en Suisse comme dans le monde. Tour d’horizon.

Souvenez-vous de la première fois que vous avez pris l’avion après la pandémie. Cette interminable file d’attente, à l’entrée des zones d’embarquement à Genève Aéroport, vous a-t-elle semblé moins longue avec la joie retrouvée de vous envoler vers de nouveaux horizons? Elle l’était bel et bien lors de la reprise en 2022, lorsqu’on était environ 20% de personnes en moins à prendre l’avion par rapport aux chiffres d’avant-covid.

Cette tendance d’alors, à la baisse, est en train de s’inverser: en 2024, il n’y a eu à l’aéroport de Cointrin que 0,7% de passagers en moins comparé à 2019. C’est-à-dire quelque 17,79 millions au total. «Pour 2025, l’aéroport confirme ses prévisions: le niveau global de trafic passager devrait dépasser celui de 2019», rapportait Le Temps en janvier. Le porte-parole de Genève Aéroport, Ignace Jeannerat, nuance un peu: «Le retour au niveau de passagers de 2019 devrait intervenir en 2025. Ensuite, nos prévisions anticipent une croissance modérée de l’ordre de 1% par année en moyenne». À plus long terme encore? «Selon les projections, l'aéroport devrait accueillir 18,7 millions de passagers à l’horizon 2030, ce qui correspond à 187 600 mouvements d'avions», relevait le Conseil d’Etat genevois dans son communiqué du 5 mars.

Une forte demande en voyages

Même son de cloche du côté des deux autres aéroports suisses. À Zurich, «en 2024, le nombre de passagers a largement atteint les niveaux d’avant la pandémie», indique le rapport de l’année écoulée. L’EuroAirport Bâle-Mulhouse-Freiburg a quant à lui «enregistré 8,9 millions de passagers» en 2024, ce qui correspond à «une augmentation de 10,2% par rapport à l'année précédente. Par rapport à 2019, le volume de passagers est de 98%. L’année 2024 est donc la deuxième année la plus performante de l'histoire de l'aéroport après 2019», peut-on lire sur le site web de la structure. «Collectivement, les statistiques des aéroports et des compagnies aériennes mettent en évidence une forte demande en voyages», pointe Ignace Jeannerat. Une tendance encore plus vraie au niveau mondial et qui donne peu à peu naissance à des méga-aéroports aux quatres coins du globe. «De Singapour à Doha en passant par Istanbul, des dizaines d’aéroports se sont transformés en destinations à part entière, offrant aux voyageurs des milliers de mètres carrés de shopping, de restaurants et de divertissements tous publics», observait par exemple Le Monde en février 2025.

Un aéroport géant à Genève?

Un développement exponentiel, qui finira aussi par transformer peu à peu les infrastructures suisses à taille humaine en plateformes géantes, aux apparences de villes à part entière, à l’image de l’aéroport de Doha, par exemple? Pas exactement. «Il faut distinguer le développement de l’aviation au niveau mondial et celui de Genève Aéroport», tempère Erik Simonin, secrétaire patronal, spécialisé en politique de mobilité à la FER Genève et membre du comité d’AERIA+, association économique qui vise à promouvoir une infrastructure aéroportuaire romande performante.

Il explique: «La période du covid semble en effet derrière nous, le secteur a bien récupéré de cette crise. Et, oui, l’aviation, de manière générale, est vouée à poursuivre sa croissance ces prochaines années. On constate un développement important notamment en Chine et au Moyen-Orient, porté par les grands hubs comme Dubaï, Doha et Abu Dhabi».

En 2023 et 2024, le Groupe Emirates a investi l'équivalent de 2,4 milliards de dollars dans de nouveaux appareils, des installations, des équipements et des entreprises, ainsi que dans des technologies de pointe en vue d'accompagner la réalisation de ses plans de croissance. Alors que les infrastructures occidentales «semblent plutôt portées par une dynamique de croissance modérée ou de stabilisation», avance Erik Simonin.

À titre de comparaison, pour Cointrin, le cash-flow d’investissement s’élève à 90,1 millions de francs en 2024, un niveau en progression par rapport à 2023, avec notamment la poursuite de la construction du nouveau système de tri des bagages. Car, contrairement à Doha ou Singapour, «l'aéroport de Genève vise plutôt la stabilité que la croissance, étant donné son statut d’établissement public autonome», explique le spécialiste. C’est un aéroport avec une seule piste, très urbain, proche de la ville et des riverains (avec les avantages et les inconvénients que cela implique). Il a donc peu ou pas d’espace pour croître de manière véritablement significative.

Secteur vital pour l’économie suisse

On ne peut pas ne pas le rappeler, en traitant du sujet: «Le trafic aérien au départ des aérodromes suisses est aujourd’hui responsable de près de 11% des émissions de gaz à effet de serre de notre pays», selon un rapport de 2024 de la Confédération. Le gouvernement souligne cependant, dans ce même texte, que «de bonnes liaisons entre la Suisse et le reste du monde sont très importantes pour l’économie: le Rapport 2016 sur la politique aéronautique de la Suisse indique que le transport aérien génère annuellement une valeur ajoutée de plus de 12 milliards de francs, et même de plus de 24 milliards de francs si l’on tient compte des effets induits (...)».

S’il n’a pas forcément pour vocation la croissance - ni la décroissance, d’ailleurs - exponentielle, l’aéroport de Genève a bien l’intention d’optimiser ses résultats en termes de durabilité. Cela passe notamment par le fait que, malgré la reprise et la hausse attendue de la fréquentation, le nombre d’avions qui transitent au bout du Léman a diminué depuis 2019. «La tendance est en effet désormais de concentrer les passagers dans des avions avec davantage de capacité, ce qui réduit les nuisances et l’empreinte écologique des vols», note Erik Simonin.

Ça plane pour le climat?

L’association AERIA+, dans un communiqué de mars 2025, souligne aussi les efforts de Cointrin quant aux nuisances. Son vice-président Fred Herren y salue en particulier le fait que «Genève Aéroport prend désormais davantage en compte les préoccupations des riverains. Par exemple avec le système très concret des quotas de bruit. Les résultats sont très positifs, puisque le nombre de décollages après 22 h a diminué de 36% par rapport à l’année 2023.»

De manière plus globale, «le secteur de l’aviation s’est mis d’accord pour viser la neutralité carbone en 2050», via l’Association du transport aérien international, rappelle Erik Simonin. Cela implique des contraintes importantes qui pourront avoir un impact sur les prix et la demande. Cette feuille de route témoigne toutefois de la volonté du secteur de s’adapter aux défis environnementaux. «Des contraintes arriveront donc, qui auront un impact sur les prix, et donc sur la demande. Mais c’est une mesure pour la planète qui est nécessaire, selon moi. À noter également que l’aviation est l’un des premiers secteurs à s’engager ainsi au niveau mondial avec une feuille de route commune. AERIA+ salue cet engagement», affirme-t-il encore.


Les aéroports les plus fréquentés au monde

Ce sont des pays non-occidentaux, dits en voie de développement, qui seraient les principaux moteurs de la croissance que connaît actuellement le secteur de l’aviation. Si on s’intéresse en particulier au développement des infrastructures, c’est l’Arabie saoudite qui abriterait le plus grand aéroport au monde en termes de superficie: l’Aéroport international King Fahd, à Dammad, avec ses quelque 776 km2. Et une subtilité: la superficie réellement occupée par les installations est plutôt de 36,75 km2, le reste étant composé de terrains appartenant à l'aéroport. En deuxième position en termes de densité? L’Aéroport international Al Maktoum, qui se trouve aux Émirats arabes unis, et s’étend sur quelque 140 km2. Dubaï a annoncé en avril 2024 la construction d’un nouveau terminal de passagers, ainsi que le fait que l’aéroport serait «appelé à devenir le plus grand aéroport au monde», comme le relayait alors 20 minutes. Mais ce ne sont pas forcément (encore) ces pays qui ont les structures les plus fréquentées. Voici une liste des aéroports qui ont compté le plus de passagers en 2024, telle que relatée par le média étasunien CNN en avril de cette année.

  1. Hartsfield-Jackson Atlanta, dans l'État de Géorgie, aux États-Unis: 108,1 millions de passagers.
     
  2. Dubaï, Émirats arabes unis: 92,3 millions de passagers.
     
  3. Dallas Fort Worth, dans l'État du Texas aux États-Unis: 87,8 millions de passagers.
     
  4. Tokyo Haneda, Japon: 85,9 millions de passagers.
     
  5. London Heathrow, Royaume-Uni: 83,9 millions de passagers.
     
  6. Denver, dans l'État du Colorado aux États-Unis: 82,4 millions de passagers.
     
  7. Istanbul, Turquie: 80,1 millions de passagers.
     
  8. Chicago O’Hare, dans l'État de l'Illinois, aux États-Unis: 80 millions de passagers.
     
  9. New Delhi, Inde: 77,8 millions de passagers.
     
  10. Shanghai Pudong, Chine: 76,8 millions de passagers.
     
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