La start-up Nereid révolutionne le dessalement d’eau

La jeune pousse a déjà levé 2,7 millions de francs, combinant fonds propres et investisseurs.
La jeune pousse a déjà levé 2,7 millions de francs, combinant fonds propres et investisseurs. Nereid
Steven Kakon
Publié vendredi 08 mai 2026
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#Innovation Soutenue par l’ONU et déjà active à Mayotte et au Mexique, la jeune pousse genevoise entre dans une phase financière décisive pour concrétiser son projet.

Dessaler l’eau de mer sans énergie fossile, sans produits chimiques et sans rejet dans l’océan. Voilà la promesse de Nereid Water SA, une start-up genevoise fondée par François Frigola, qui ambitionne de révolutionner un secteur encore dominé par des infrastructures
lourdes et polluantes.

La jeune entreprise se trouve toutefois dans une phase critique
de son développement et cherche à sécuriser de nouveaux
financements. Le principe technologique de Nereid repose sur l’évaporation-condensation. Installée dans un container autonome,
la machine utilise exclusivement l’énergie du soleil et de l’océan pour dessaler l’eau de mer, d’abord filtrée. «Quand le soleil se lève, le
système se met en marche. Il dessale, produit de l’eau potable et des cristaux de sel purs. Quand il se couche, tout s’arrête», résume François Frigola.

Aucun rejet en mer, aucune saumure toxique. Le procédé tranche radicalement avec le dessalement industriel classique, qui fonctionne à haute pression à travers des membranes au prix d’une forte consommation énergétique et de rejets chimiques nocifs. «Aujourd’hui, 90% de l’eau dessalée dans le monde est produite par des procédés qui tuent les écosystèmes marins», rappelle le fondateur.
 

Sel cristallisé

L’innovation de Nereid tient aussi à son modèle économique. Le sel cristallisé issu du processus n’est pas un déchet, mais une ressource commercialisable. Produit avec une empreinte carbone nulle, il intéresse notamment les industriels développant des véhicules avec
des batteries sodium-ion. «C’est ce sel qui nous fait gagner notre
vie», sourit François Frigola. L’eau potable (3% de la consommation mondiale), elle, est volontairement vendue à un petit prix, à l’heure où la pénurie d’eau devient un fléau mondial majeur.

À Mayotte, où il indique avoir signé un premier contrat, le litre est annoncé à 24 centimes, principalement pour couvrir les coûts de service. Nereid vise également le secteur agricole (70% de la consommation mondiale d’eau), en particulier dans des zones isolées et arides. La solution permet d’irriguer les zones sans accès
au réseau électrique ou à l’eau et de produire localement dans
des serres hydroponiques qui consomment 90% d’eau en moins, ainsi que des biofertilisants, grâce à la valorisation des sels et minéraux naturellement concentrés lors du processus de dessalement, réduisant ainsi la dépendance aux importations et renforçant l’autonomie des exploitations.

En ces périodes de conflits dans le monde, dont engrais chimiques russes et du Moyen-Orient (70% des engrais mondiaux), représentent un enjeu stratégique majeur, la plateforme de Nereid promet une production résiliente d’eau et de nourriture décentralisée et discontinue.
 

«Vallée de la mort»

Financièrement soutenue par le Programme des Nations unies pour le développement et l’Union internationale pour la conservation de la nature à Gland (VD), la start-up a déjà levé 2,7 millions de francs, combinant fonds propres et investisseurs. Elle se situe aujourd’hui dans la «vallée de la mort» des jeunes pousses. «La technologie est
prouvée, nous avons gagné des prix, mais nous sommes dans l’attente de lancer nos projets», confie l’entrepreneur.

Deux projets sont en effet en phase d’évaluation technique et financière avancée au Mexique et à Mayotte, et la machine de test actuellement utilisée doit être installée en Afrique du Sud, avec la collaboration du REPIC, plateforme interdépartementale
suisse qui promeut les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et l'utilisation durable des ressources dans les pays en développement et en transition. «De nouveaux investisseurs sont prêts, mais ils attendent la signature définitive des contrats», souligne François Frigola.
 

«Protéger notre technologie»

La start-up monte elle-même ses projets associant agriculteurs locaux, banques et financements internationaux. «Nous gardons une participation de 20% à 30% dans les projets, car nous voulons protéger notre technologie.» D’ici à la fin de l’année, Nereid doit impérativement réussir sa levée de fonds dans un contexte actuel tendu. Avec l’enjeu de payer bureaux, ingénieurs et employés mobilisés.

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