Géraldine Savary
Directrice exécutive du Club suisse de la presse
Publié vendredi 13 février 2026
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Bien sûr, du côté de Genève, il y avait de quoi être un brin irrité quand la grande entreprise de médias publics a décidé de quitter LA tour, au quai Ernest-Ansermet, pour s’installer dans une maison flambant neuve à Ecublens. Ecublens? C’est où? S’est-on dit partout ailleurs que dans l’ouest lausannois. Depuis, tout le monde a mémorisé l’adresse sur Google map, de l’eau a coulé sous les ponts, en tout cas celle de l’Arve qui roule, sereine, au pied du bâtiment; les nouveaux locaux de la RTS ont été inaugurés avec un panache sans ostentation et, surtout, les locaux vides de l’aquarium vertical aiguisent les envies d’aventure. D’une part, l’édifice aura très vite une nouvelle vie, grâce au rachat du bâtiment par la Fondation Hans-Wilsdorf et à la cession du terrain par l’Etat de Genève en droit de superficie. Des rédactions s’y installeront. Des associations en lien avec les médias contribueront à créer de nouveaux partenariats, des réflexions, des échanges. L’ossature qui unit de façon indissociable médias et démocratie sera visible à tous les étages de la tour. A proximité de l’université et du futur quartier le plus grand d’Europe, Praille-Acacias-Vernets, de surcroît. Genève perd le vaisseau-amiral SSR, mais ce déménagement lui permettra de valoriser de plus petits poissons qui ainsi pourront mutualiser ressources et idées. Le départ complet des équipes RTS prévu en été 2026 du quai Ernest-Ansermet a aussi pour effet de donner plus de lumière à d’autres acteurs médiatiques à Genève, qui vivent parfois sous l’ombre de la tour. Les médias genevois, presse écrite ou audiovisuels, s’accrochent vaillamment à leur histoire, ils savent que l’écho qu’ils donnent à leur canton est proportionnel à son importance, ils se dessinent jour après jour un destin ou, à défaut, une ambition. C’est souvent fragile, mais pour l’instant, ça tient. Pourquoi ne pas rêver qu’ils gagnent en amplitude? En outre, hors rédactions, le tissu économique et médiatique genevois se compose d’une multitude de créateurs de contenus. Pensons aux sociétés de production qui proposent de plus en plus fréquemment des reportages ou des documentaires accessibles sur les grandes plateformes de streaming et qui collaborent avec les médias «traditionnels», ou des personnalités comme Martin Bujol, un jeune genevois qui interagit sur les réseaux sociaux avec succès en parlant de littérature. Dans les 5,4% d’emplois que représentent les industries culturelles et créatives à Genève, un certain nombre provient sans nul doute de ces diverses entreprises d’information. L’avenir de la reine SSR ne se joue pas sur sa tour. Désormais arrimées géographiquement au coeur de la Suisse romande, les équipes du média public vont elles aussi gagner en efficacité et en légitimité. Sur le site de l’Ecole polytechnique fédérale, ce territoire d’innovation, d’électricité intellectuelle et d’ouverture au monde, elles seront amenées à travailler autrement. Forcément. Parce qu’un lieu influence une stratégie. Et que la vue sur le Léman est source d’inspiration. Pour que l’écosystème médiatique genevois et romand se développe de façon diversifiée et au plus près de ses publics, il faut que chacun y mette du sien. Les fondations privées et les autorités, comme par exemple en soutenant le déploiement des activités à la Tour du quai Ernest Ansermet, la population en continuant à croire en l’avenir d’entreprises médias diversifiées, le peuple suisse en rejetant l’initiative sur la redevance à 200 francs. Placer ses pions plutôt que l’être, en somme. n
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