Jobs d’été: donner une chance aux étudiants

Flavia Giovannelli
Publié vendredi 13 février 2026
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#Votation Le 8 mars, les Genevois trancheront sur une loi visant à préserver l’offre de jobs d’été tout en maintenant des conditions salariales encadrées.

Depuis l’adoption de la loi sur le salaire minimum à Genève, les très bas salaires ont été relevés. Cette disposition a eu un effet indirect sur un cas particulier: celui des jobs d’été. Ces derniers doivent également être rémunérés au salaire minimum, soit 24,59 francs brut par heure (montant revalorisé au 1er janvier 2026). Un tarif qui s’applique aux jeunes de plus de 18 ans engagés pour quelques semaines durant les vacances scolaires. Rapporté à un plein temps, il correspond à un salaire mensuel avoisinant quatre mille cinq cents francs pour quarante heures et avec le supplément vacances. «Pour des travailleurs sans expérience, engagés de manière temporaire, ce n’est pas réaliste», commente Pierre-Alain L’Hôte au nom de l’Union des associations patronales genevoises et de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment. Sans surprise, les retours du terrain montrent que de moins en moins d’entreprises jugent la formule soutenable. Beaucoup d’entre elles proposaient auparavant des jobs d’été avant tout afin de permettre à des jeunes de faire une première expérience professionnelle et de gagner un revenu d’appoint. Face à un coût devenu trop élevé, ces offres se raréfient. Les étudiants eux-mêmes le confirment.

Correctif

Un projet de loi, soutenu par le Grand Conseil, entend corriger ce qu’il considère comme une rigidité du système actuel, ainsi que le résume Jacques Béné, rapporteur de la majorité. Techniquement, le texte propose de modifier la loi sur l’inspection et les relations du travail1. Les nouvelles dispositions sont, en outre, le fruit de longues discussions et d’amendements successifs visant à poser un cadre strict. Celui-ci prévoit une rémunération fixée à 75% du salaire minimum pour le cas spécifique des jobs d’été, ceux qui sont limités à soixante jours au maximum.

«J’ai moi-même profité d’un job d’été et je suis entrepreneur aujourd’hui», témoigne Stéphane Oberson, directeur des boulangeries qui portent son nom. À l’âge de 14 ans, il effectue une première expérience dans une cantine, qui lui permet de s’offrir son premier vélomoteur.

Depuis 1988, en tant qu’entreprise formatrice, il a perpétué la tradition des emplois estivaux. Toutefois, depuis l’introduction du salaire minimum, il observe que l’arrivée de jeunes durant l’été cause des tensions inévitables avec des collaborateurs engagés à l’année, à peine mieux rémunérés. «Dans un secteur comme le mien, où les marges sont faibles, il n’est tout simplement pas possible de débourser près de quatre mille sept cents francs par mois avec la compensation vacances pour quarante-deux heures par semaine, pour une personne qui découvre le secteur et ne va pas rester plus d’un ou de deux mois», déplore-t-il. En résumé, si la démarche est valorisante sur le plan social, elle représente un coût que l’entreprise ne peut pas amortir sur le long terme.

Pour les jeunes aussi

Face aux critiques de la gauche et des syndicats, les entrepreneurs soulignent les défauts du système actuel, qui pénalise aussi les jeunes désireux de profiter des bénéfices d’un premier emploi. Loin d’être «exploités», ces derniers sont conscients que cela représente une rare opportunité. Elle leur permet d’améliorer leurs revenus, de financer un projet, mais aussi de se confronter au monde du travail et d’ajouter quelques lignes à leur CV. Malheureusement, les annonces se font toujours plus rares.

Pour conclure, les représentants des entreprises et des partis politiques favorables à cette loi insistent sur les précautions prises pour leur solution. Ainsi, les étudiants qui travaillent tout au long de l’année ne sont pas concernés par ce dispositif et restent au bénéfice du salaire minimum. Les stages aussi sont un cas à part, relevant de contrats spécifiques et déjà régis par des règles précises.

1 Loi sur l’inspection et les relations du travail (LIRT) – modification relative aux jobs d’été (J 1 05 – 13445), adoptée par le Grand Conseil le 30 octobre 2025.

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